GUINÉE/ACTIVITÉS MINIÈRES : DES PAYSANS SÉVÈREMENT IMPACTÉS ( ENQUÊTE) !

Les populations du district de Katougouma dans la sous préfecture de Tanènè, préfecture de Boké vivent essentiellement de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage. Une pratique héritée des aïeux depuis belle lurette. Si lesdites activités leur procuraient des ressources alimentaires, aujourd’hui,  tel n’est plus le cas, depuis que des sociétés minières se sont installées dans ce village, c’est le monde à l’envers. La biodiversité a été durement touchée, ce qui fait que le rendement en riz, en ressources halieutiques a considérablement baissé.
El hadj Karamba Bayo est un paysan et en même troisième imam de la mosquée du district de Katougouma, ce dernier, a soutenu que depuis l’installation du consortium de la Société minière de Boké, (SMB), il y a 5 ans le rendement de leurs champs du riz a drastiquement baissé. « Vous savez nos champs sont situés aux alentours du fleuve du Rio Nunez. Et, une société minière vient de construire un port minier sur ledit fleuve. Alors, nous ne savons pas comment ils font les choses, à chaque fois, ils déversent dans le fleuve de l’huile et le courant d’eau transporte tout ça dans nos champs. Quand ils venaient de commencer, l’on constatait de l’huile chaque fois dans nos champs et donc durant deux années successives, nous n’avons pas pu moissonner même une attache du riz : les tiges du riz et l’huile de moteur ne font pas bon ménage », a fait savoir le paysan Karamba Bayo.

Pour pallier cet état de fait, il a fallu, précise le religieux qu’ils aient dénoncé dans les médias de la place pour que ce genre de pratique nuisible à l’écosystème cesse. « Ça n’a pas cessé complètement, mais grâce au concours des médias, ils ne déversent plus abondamment maintenant l’huile, l’on constat tout de même par endroit la présence d’huile. On espère que cela va cesser un jour, sinon on finira par abandonner nos champs », a-t-il indiqué.


De l’autre côté du même village, un bras du même fleuve sert de ligne de démarcation à la sous-préfecture de Kalaboui. Là, contrairement au port minier, la coupe du palétuvier et de la mangrove, la pêche à l’hameçon préoccupent des citoyens. A l’image de Amara Sampil, un quinquagénaire, ancien pêcheur reconverti en coupeur de bois. « Moi, je faisais la pêche, mais j’ai abandonné les filets au profit de la coupe du bois. Parce que nos eaux ne regorgent plus de poissons. L’activité de la pêche me permettait de nourrir ma famille, mais maintenant depuis qu’on a construit le port minier sur ce fleuve, l’on ne gagne plus de poissons. Donc j’ai changé de profession, actuellement, je coupe le bois, j’amène au village et je les vends afin de pouvoir trouver quelques sommes d’argent pour nourrir mes enfants. »

Pour sa part, Souleymane Camara, la vingtaine de préciser qu’il a appris à pêcher aux côtés de son papa, vu que ce dernier n’a plus le goût d’aller, il a pris l’hameçon. « Mon père ne vient plus maintenant, parce que pour avoir quelques poissons actuellement, il faut être très patient, nos eaux n’ont plus de poissons. Nous les enfants, on supporte de rester longtemps, mais nos parents non », a fait savoir le jeune Souleymane Camara.


A l’en croire, avant que les sociétés minières ne s’implantent dans leur village, leurs eaux étaient très riches en ressources halieutiques. « Quand mon papa venait pêcher, au retour, il nous faisait appelle afin de l’aider à transporter la quantité de poissons prise.

Mais aujourd’hui, tel n’est plus le cas. Regarder, depuis 4 heures, je suis là, c’est ce que j’ai eu à attraper. Tu as vu, la plupart ont abandonné leurs filets de pêche. L’activité  tend à disparaître à cause de l’activité des sociétés minières dans nos eaux », a-t-il déploré.

Nos tentatives de rencontrer les cadres du département de l’Environnement, des eaux et forêts et la direction administrative du consortium SMB ont été vaines. Se méfient-ils des médias à cause de ces questions soulevées ou c’est le renversement du président Alpha Condé au pouvoir par le Comité national pour le rassemblement et le développement, CNRD qui serait la cause de ce silence radio. La question reste poser.

Il convient de souligner que le manque d’appliquer des dispositions du Code minier mais aussi, des recommandations de certaines organisations non gouvernementales, notamment cette étude de Human Rights Watch, rendu public en octobre 2018 indique que les entretiens avec les membres des communautés qui vivent dans les zones d’opération du consortium SMB, les rapports d’inspection et d’audits du gouvernement, et les entretiens avec les responsables du Ministère de l’Environnement révèlent que le consortium SMB n’a pas pris les mesures qui s’imposaient pour atténuer l’impact de l’exploitation minière sur les cours d’eau, et que cela pouvait avoir un impact sur l’accès et l’utilisation de l’eau pour les milliers d’habitants.

Toujours dans ledit rapport, des dizaines de personnes dans plus de 13 villages ont déclaré que les sources d’eau potable dont ils dépendent pour boire, se laver et cuisiner ont été impactées négativement par l’arrivée des activités minières du consortium SMB. Dans plusieurs villages, les habitants ont affirmé que les itinéraires choisis pour le passage des routes minières ont bloqué ou obstrué les cours d’eau, ou que les eaux de ruissellement ont déversé des sédiments dans les rivières, colorant l’eau et s’accumulant progressivement dans leur lit.

Sur la même lancée, Human Rights Watch précise que des études d’impact environnemental et social, EIES et le plan de gestion du consortium SMB auraient dû être les mécanismes par lesquels le consortium a évalué l’impact probable de ses opérations sur les ressources en eau et a proposé un plan pour y remédier…. l’imagerie satellitaire montre que le gouvernement guinéen a autorisé le consortium SMB à commencer la
construction de son premier port (Katougouma) et ses premières routes minières plusieurs mois avant que le gouvernement ait vérifié que les EIES et le PGES, (Plan de gestion environnementale et social) contenaient les mesures adéquates pour empêcher que les ressources en eau ne soient endommagées.
Richard Tamoné de retour de Katougouma
SHARE