L’EGLISE D’AFRIQUE ET LA MISSION DE L’EGLISE UNIVERSELLE POUR LA NOUVELLE EVANGELISATION

1369
« Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires. L’Eglise du Christ est vraiment implantée sur cette terre bénie ». Ces propos du Saint Pape Paul VI prononcés au cours d’une homélie pendant sa visite en Ouganda en 1969, ont été pendant longtemps repris par les évêques, les prêtres et tous ceux qui évoquaient la vie de l’Eglise en Afrique.
Nous sommes aujourd’hui, loin de cette de la visite du Pape qui quelques années avant, avait canonisé à Rome, les Saints Martyrs de l’Ouganda le 18 octobre 1964. L’Eglise catholique en Afrique a connu une évolution notable sur bien de plans. La plupart des pays africain ont célébré le centenaire de l’Evangélisation sur leur sol. Aujourd’hui l’on peut parler d’une Eglise dont la croissance ne fait plus de doute. C’est le lieu de réfléchir sur sa place dans la mission de l’Eglise Universelle et de sa contribution dans la nouvelle Evangélisation.
Si l’on jette un regard sur l’Eglise en Afrique, le premier constat se fait au sujet de sa démographie. En 1910, l’Afrique ne comptait que 1% de la population chrétienne dans le monde. En 2010, 23% de la population chrétienne dans le monde vivent sur le continent africain. Les données statistiques du nombre de catholiques sur le continent ne cessent de croître au regard du nombre de baptême de jeunes et d’adulte dans les pays au Sud du Sahara. L’on estime que d’ici 2060, des pays comme la RDC (République Démocratique du Congo), le Nigéria, l’Ouganda, la Tanzanie, et l’Angola, seront parmi les pays qui au monde comptent le plus grand nombre de fidèles catholiques. Ces chiffres montrent que la foi catholique est une réalité sociologique qui compte sur le continent. L’Eglise catholique a contribué à l’éducation et à la formation scolaire d’un grand nombre d’Africains. Dès les premières pénétrations du sol africain, les missionnaires se sont investis dans des œuvres socio-éducatives et ont ainsi influencé la culture de l’élite embryonnaire sur le continent. L’encadrement de l’enfance, de la jeunesse et de la femme ont été la marque des congrégations religieuses.
Très tôt, des autochtones ont été agrégés au clergé dans une sorte de suppléance, faisant de ceux-ci des auxiliaires de la mission évangélisatrice. Des catéchistes formés de façon hétéroclite ont fini par intégrer le clergé par l’entremise des séminaires qui au fur et à mesure ont recruté des jeunes gens formés de façon académique et intellectuelle. Les premiers épiscopes africains installés à la tête des diocèses locaux sont le fruit de cette vague de recrutement. Depuis les années qui ont coïncidé avec les indépendances des pays africains, la formation du clergé, l’érection de diocèses, la multiplication des paroisses n’ont cessé de connaître une ampleur inattendue. Déjà au Concile Vatican II, les évêques africains faisaient entendre leur voix par le partage d’expériences ecclésiales à partir de leurs communautés locales. L’Eglise d’Afrique subsaharienne entraient lentement dans la communion participative de l’Eglise universelle, elle-même en phase d’aggiornamento. Dès 1960, des prélats Africains tels que Le Cardinal Laurean Rugambwa et plus tard le Cardinal Paul Zoungrana commençaient à faire leur entrée à la curie romaine. L’on connait le cas particulier du Cardinal Béninois Bernadin Gantin qui a été le premier à être à la tête d’un dicastère romain, puis d’autres tels que le Cardinaux Francis Arinze, Peter Turkson et Robert Sarah dont la notoriété traverse tous les continents.
 Dès 1998, un Africain est nommé à la tête d’une Nonciature Apostolique en la personne de Monseigneur Augustine Kasujja, originaire de l’Ouganda. Depuis cette date, plusieurs autres prélats ont été nommés à la tête de représentations diplomatique du Vatican dans le monde. Le dernier en date est l’Ivoirien, Monseigneur Jean-Sylvain Mambé, nommé par le Pape François comme Nonce Apostolique au Mali, et sacré évêque par le Secrétaire d’Etat du Saint Siège, le Cardinal Pietro Parolin le 07 mai 2022, à la cathédrale Saint Paul d’Abidjan.
Parallèlement à la visibilité de l’Afrique dans la conduite des affaires de l’Eglise Universelle, la croissance exponentielle de la foi catholique sur le continent Au fils des années, vers la fin du XXème siècle, les communautés chrétiennes d’Afrique ont commencé à avoir de nombreuses vocations sacerdotales et religieuses aussi bien masculines et féminines. De nombreux diocèses ont été érigés sur le continent et les sociétés missionnaires européennes qui au départ, étaient réticentes à recruter leurs membres parmi les Africains ont dû revoir leur position sur la question.
Aujourd’hui, le clergé africain est abondant et il prend part à la mission dans de nombreux pays de « vieille chrétienté ». Il n’est pas rare de retrouver des prêtres africains en Europe tout comme en Amérique du Nord, ayant en charge des plusieurs paroisses, du fait de la rareté des vocations sacerdotales et de l’âge avancé de la majorité des prêtres dans ces pays. Il faut noter que ces prêtres répondent largement à l’attente des besoins des fidèles qui ne tarissent pas d’éloge à leur endroit sur leurs qualités humaines et sacerdotales; ils font preuve de dextérité pastorale avec un sens  aigu de la foi et un profond amour pour l’Eglise. Désormais la mission Ad gentes trouve un  point de départ en terre africaine vers d’autres terres à réévangéliser.
En Afrique même, le nombre de baptisés jeunes et adultes ne cesse de croître, justifiant ainsi la vitalité de l’Eglise Catholique sur le continent. Les Communautés qui, dans un passé récent, dépendaient financièrement et sur bien d’autres plans de l’aide des pays du Nord pour la construction des infrastructures ecclésiales, sont de plus en plus engagées à se prendre en charge. Les laïcs s’engagent à plein temps dans les missions d’évangélisation, de communautés ecclésiales de type nouveau voient le jours, par l’entremise de l’expérience du Renouveau Charismatique.
L’engagement des épiscopats nationaux dans la construction d’une Afrique qui veut être libre et responsable de son devenir est à souligner. Sans être engagée dans l’arène de la vie politique, l’Eglise en Afrique ne néglige pas de faire entendre sa voix quand il s’agit des questions d’ordre politique, social et éthique.
Nous en parlerons très prochainement dans un article. En attendant nous espérons que cette petite intervention vous situera sur la place de L’Eglise dans la vie des Africains en ce XXIème siècle et le rôle que cette Église est appelée à jouer dans l’avenir de l’Eglise universelle. Il ne faut pas s’étonner qu’aujourd’hui des fils et des filles d’Afrique soient appelés à assumer des charges qui semblaient être réservés aux seuls Européens ou Américains.
L’Eglise d’Afrique donnera davantage d’enfants pour continuer l’oeuvre missionnaire voulu par le Maître, Notre Seigneur Jésus Christ.Au delà de toute joie mêlée et fierté ligitime, il est donc important de prier et d’oeuvrer, afin que l’Esprit Saint fasse don de la grâce d’intelligence et de sagesse à tous ceux qui sont appelés ainsi dans la vigne universelle du Seigneur.
Père Ernest Kouacou
Prêtre diocésain
SHARE