Dans un contexte sanitaire marqué par une forte prévalence du paludisme, la Guinée vient de franchir une étape cruciale dans sa politique de santé publique. Ce mercredi 13 août 2025, le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, en collaboration avec des partenaires internationaux, a lancé officiellement le vaccin antipaludique RTS,S dans les districts de Mamou, Gaoual, Kankan et Yomou, identifiés comme les plus touchés par la maladie.
D’après les résultats de l’Enquête sur les Indicateurs du Paludisme (EIP) de 2021, le paludisme reste la première cause de consultation médicale, d’hospitalisation et de décès en Guinée. En 2023, le pays a recensé 2 734 149 cas présumés et confirmés, dont 1 456 décès, avec une forte incidence chez les enfants de moins de cinq ans. Ces données classent la Guinée parmi les 17 pays les plus affectés au monde, représentant 3,4 % des cas en Afrique de l’Ouest.
 Le vaccin RTS,S, déjà utilisé avec succès au Ghana, au Kenya et au Malawi, a prouvé son efficacité en réduisant les formes graves de la maladie et la mortalité infantile. En Guinée, il sera administré gratuitement aux enfants âgés de 5 à 23 mois, selon un protocole de quatre doses.
– Nombre d’enfants ciblés : 60 159
– Nombre total de doses : 252 668
– Objectif : Réduire les cas graves et les décès liés au paludisme
 La cérémonie de lancement s’est déroulée en présence du président du Conseil National de Transition, Dansa Kourouma, de membres du gouvernement, ainsi que de représentants d’organisations internationales telles que l’OMS, l’UNICEF, Gavi, le CDC et la Fondation Bill & Melinda Gates.
Mme Maddalena Bertolotti, représentante de l’UNICEF, a salué cette initiative comme « un outil de lutte contre la pauvreté, un levier de développement économique et une promesse de survie pour nos enfants ». Elle a également mis en avant une innovation sociale : l’intégration de la vaccination avec l’enregistrement des naissances, permettant à chaque enfant vacciné de recevoir un acte de naissance.
Intervenant au nom de son homologue de la Santé en congé, la ministre de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, Charlotte Daffé  a souligné que ce vaccin vient compléter les mesures existantes telles que les moustiquaires imprégnées, l’assainissement et la chimioprévention. Elle a également annoncé l’introduction prochaine du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), élargissant ainsi la couverture vaccinale contre les maladies évitables.
 Les autorités guinéennes et leurs partenaires ont unanimement appelé à une mobilisation massive des familles, des leaders religieux et communautaires pour garantir une couverture vaccinale optimale. « Chaque enfant vacciné est une victoire contre le paludisme et un pas vers une Guinée plus forte », ont-ils affirmé.
 En clôture de la cérémonie, le Premier ministre Amadou Oury Bah a qualifié cette initiative d’« acte de justice sanitaire » et de réponse concrète à l’engagement constitutionnel du pays pour l’accès universel à la santé. Il est revenu sur les conséquences de la sortie de la Guinée de l’initiative vaccinale en 2013-2014, qui avait privé 1,5 million d’enfants de toute protection : « Imaginez-vous que durant cette période, près de 1,5 million d’enfants, qui ont peut-être aujourd’hui 15 ou 16 ans, se sont retrouvés sans aucune dose de vaccin. Cela veut dire que cette population est une bombe à retardement dès qu’il y a une épidémie quelconque, y compris le paludisme. »
Le Premier ministre a ensuite procédé au lancement symbolique de la campagne de vaccination, marquant le début d’un programme ambitieux de prévention. Une étape décisive pour la Guinée, qui s’engage à protéger ses enfants et à bâtir un avenir plus sain et plus équitable.
Mobaillo Diallo