Ce mardi 28 octobre 2025, Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale et figure influente du RPG Arc-en-ciel, a été officiellement libéré après avoir purgé une peine de trois ans et six mois de prison pour détournement de deniers publics et enrichissement illicite. Proche collaborateur de l’ex-chef de l’État Alpha Condé, Damaro Camara a longtemps incarné la puissance politique du régime déchu, tant par son rôle institutionnel que par son poids dans les décisions stratégiques du parti au pouvoir.

Président de l’Assemblée nationale de 2020 à 2021, Damaro Camara était considéré comme l’un des piliers du pouvoir présidentiel. Sa capacité à mobiliser les députés, à verrouiller les débats parlementaires et à défendre les orientations du régime lui avait valu le surnom de « chef d’orchestre » du RPG au sein de l’hémicycle. Sa chute, consécutive au changement de régime et à l’ouverture des enquêtes de la CRIEF, avait marqué un tournant dans la lutte contre l’impunité des élites politiques.

La Chambre de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), juridiction spécialisée mise en place pour assainir la gestion publique, a prononcé sa libération après l’expiration de sa peine. Incarcéré depuis avril 2022 à la Maison centrale de Conakry, Damaro Camara avait été reconnu coupable de blanchiment de capitaux, prise illégale d’intérêts et complicité dans des détournements de fonds publics. Son procès, suivi de près par l’opinion, avait cristallisé les tensions autour de la gouvernance et de la reddition des comptes.

Hospitalisé depuis plus de deux ans à l’hôpital sino-guinéen, Damaro Camara a quitté l’établissement dans la matinée avant de regagner son domicile. Il s’est ensuite présenté à la CRIEF pour accomplir les formalités de sa mise en liberté. Escorté par ses avocats et des membres de sa famille, il a évité les véhicules officiels, préférant un transport privé, signe d’un retour à une vie civile plus prudente.

Quel avenir politique pour Damaro Camara ?

Sa libération soulève désormais une question centrale : quel rôle pourrait-il jouer dans le paysage politique guinéen ? Si certains estiment que son influence est désormais réduite, d’autres rappellent que Damaro Camara conserve des réseaux solides au sein du RPG Arc-en-ciel et auprès de certaines figures de l’ancien régime. Dans un contexte de recomposition politique, son retour pourrait raviver les tensions ou, au contraire, ouvrir la voie à une réconciliation nationale.

Alors que la CRIEF poursuit son travail de moralisation de la vie publique, le cas Damaro Camara reste emblématique d’une époque, d’un pouvoir, et d’un homme dont l’avenir politique reste incertain… mais potentiellement explosif.

Mobaillo Diallo