Cinq jours seulement après son investiture le 17 janvier, le président Mamadi Doumbouya a franchi une étape symbolique majeure ce jeudi 22 janvier : le dépôt personnel de sa déclaration de patrimoine auprès de la Cour suprême.

 

Loin d’être un simple formalisme administratif, cet acte conforme à l’article 60 de la Constitution guinéenne, qui impose un délai de dix jours révèle des motivations bien plus profondes dans le tumulte politique guinéen. En se rendant lui-même à la plus haute juridiction, sans déléguer cette tâche, Doumbouya ne se contente pas de cocher une case légale. Il envoie un message fort aux sceptiques : « Je suis transparent, intègre et respectueux des institutions ». Issu d’un coup d’État en 2021 qui a renversé Alpha Condé, il sait que son accession au pouvoir reste entachée de doutes sur ses origines et ses intentions. Ce dépôt précoce, avant même l’expiration du délai, neutralise d’avance les accusations de népotisme ou d’enrichissement illicite qui pourraient surgir de l’opposition ou de la société civile.

 

C’est une parade habile contre les ombres du passé militaire et les rumeurs persistantes sur la gestion opaque des ressources guinéennes. Mais l’enjeu est plus stratégique encore. Dans un pays où la corruption endémique a alimenté les soulèvements populaires, cette démarche pose les bases d’une « gouvernance exemplaire » promise en campagne. Elle invite implicitement le gouvernement et les élites à suivre l’exemple, sous peine d’être taxées d’hypocrisie.

 

De plus, en maintenant la confidentialité légale du contenu aucune détail n’a filtré, Doumbouya préserve son intimité tout en contrôlant le récit : l’acte prime sur les chiffres, renforçant son aura de leader au-dessus des soupçons. Cet épisode pourrait marquer un tournant. Si la Cour suprême valide la déclaration sans heurt, il consolidera la légitimité de son mandat face aux tensions régionales et aux élections à venir.

À l’inverse, toute fuite ou contestation raviverait les critiques. Pour l’heure, Doumbouya gagne du temps et de la crédibilité dans une Guinée en quête de stabilité.

Smarphi pour Billetdujour.com