La distribution de véhicules par le président Mamadi Doumbouya continue de susciter débats et controverses. Ce qui se voulait un geste de reconnaissance et de prestige se transforme peu à peu en symbole encombrant, soulevant des interrogations sur la pertinence de ces largesses dans un pays où les besoins en infrastructures et en projets de développement restent criants. La liste des bénéficiaires s’allonge avec Binta Laly, Takana Zion, Singleton, Fodé Baro qui, en recevant sa Toyota Land Cruiser 2025, a déclaré avec ferveur « Je ne pars plus. Il n’y a personne comme le général Mamadi Doumbouya dans le monde. Je mourrai avec lui. Hadja Mandjoula, i baraka », et Sény Malomou, surnommée la Reine du Tignalé, gratifiée elle aussi d’un imposant véhicule. Chaque remise est accompagnée de louanges, de chants et de déclarations d’allégeance, renforçant l’image d’un président célébré par ses artistes et figures culturelles.
Mais derrière l’éclat des clés flambant neuves, une réalité plus lourde s’impose. Un véhicule de luxe n’est pas un bien facile à entretenir, entre assurance, carburant et pièces détachées, autant de charges qui dépassent souvent les moyens des bénéficiaires. La revente est quasi impossible, car ces voitures offertes publiquement deviennent des symboles politiques dont il est difficile de se défaire sans polémique. Le cadeau enferme plus qu’il ne libère, certains y voient une dépendance, un rappel constant de l’obligation de chanter les louanges du pouvoir.
Dans un contexte où les routes, les hôpitaux et les écoles manquent cruellement de moyens, la multiplication de ces dons soulève une question de fond. Ne serait-il pas plus judicieux d’investir ces milliards de francs guinéens dans des projets durables capables de transformer réellement la vie des citoyens ?
Oui la ferveur des artistes bénéficiaires traduit une gratitude sincère, mais aussi une forme de contrainte : chanter pour mériter, chanter pour conserver, chanter pour ne pas perdre. Pourtant, au-delà des mélodies et des louanges, une interrogation persiste et s’impose dans l’opinion publique : ces cadeaux sont-ils vraiment une bénédiction, ou bien un fardeau doré ?
Mobaillo Diallo





































