Ce vendredi 15 avril 2026, la célébration en différé de la Journée internationale des droits des femmes a pris une dimension spectaculaire au stade Petit Sory de Nongo, avec la présence du président de la République, Mamadi Doumbouya. L’événement, suivi par des milliers de femmes venues de toutes les régions du pays, a offert un décor à la fois solennel et combattif, marqué par des appels à l’égalité, à la justice et à une nouvelle étape pour les droits des femmes en Guinée.

Doumbouya et la mise en scène de la « priorité femmes »

Aux côtés des autorités gouvernementales, des partenaires internationaux et des acteurs de la société civile, la présidente de la ville de Conakry, M’Mahawa Sylla, a ouvert les débats en rappelant que, depuis son investiture, Mamadi Doumbouya a fait des femmes et des jeunes « une priorité nationale ».

Dans son allocution, elle a salué plusieurs initiatives censées renforcer l’égalité de genre et l’autonomisation féminine, qualifiant ces mesures de « pans essentiels de la stabilité sociale ».

Faisant écho au thème 2026 des Nations Unies « Droits, justice et action pour toutes les femmes et les filles » la gouverneure a appelé à une mobilisation collective contre les discriminations et les violences basées sur le genre. « Les femmes, garantes de la stabilité sociale, doivent unir leurs forces pour une justice équitable », a-t‑elle martelé, avant de saluer au passage les actions menées par le gouvernement pour améliorer la vie des populations de Conakry.

Nations Unies : « entre droits proclamés et réalité vécue »

Le coordinateur résident du Système des Nations Unies en Guinée a, lui, choisi un ton plus nuancé. Saluant la « diversité et la résilience » des femmes guinéennes, des zones urbaines aux milieux ruraux, il a insisté sur le fait que la Journée des droits des femmes ne doit pas se limiter à une simple fête, mais devenir un véritable levier d’action concrète.

« Il existe encore un écart important entre les droits proclamés et leur effectivité dans la vie quotidienne », a‑t‑il souligné, plaidant pour des politiques publiques plus inclusives, un meilleur accès à la justice et davantage de ressources sectorielles. Il a également réaffirmé l’engagement des Nations Unies à accompagner la Guinée dans son agenda de développement, notamment à travers des programmes phares comme Simandou 2040, souvent présentés comme vecteurs de transformation économique et sociale.

Les femmes s’expriment : « entre avancées et inégalités »

Si le décor officiel est volontiers optimiste, la porte‑parole du Conseil national des femmes et filgirls de la Guinée, Adama Denise Diaby, a injecté une note de réalisme sans complaisance. Dans un discours frontal, elle a dressé un tableau peu reluisant de la situation des femmes : inégalités criantes en matière d’éducation, de participation politique, d’accès à l’emploi et à la justice.

Rappelant que les femmes constituent plus de la moitié de la population guinéenne, elle a lancé un appel à transformer ce poids démographique en « levier stratégique de développement » et non en simple décor de cérémonie. Elle a en particulier demandé l’application effective du quota de 30% de femmes dans les instances de décision et une réelle mise en place de dispositifs de financement pour les initiatives économiques féminines.

Autonomisation économique et justice : « de la parole aux actes »

Prenant la parole en clôture, la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patricia Adeline Lamah, a reconnu les avancées tout en soulignant que les défis restent considérables. Insistant sur les obstacles à l’accès à la justice, coût des procédures, distance des services, pressions sociales, elle a martelé que « l’accès à la justice doit devenir une réalité pour chaque femme, dans chaque localité ».

La ministre a également mis la lumière sur l’autonomisation économique, la qualifiant de « levier essentiel » pour réduire les vulnérabilités, notamment des femmes rurales et marginalisées. Une promesse souvent répétée, mais qui, dans les faits, reste encore à démontrer par des mesures ciblées, des budgets contrôlés et une implication réelle des acteurs locaux.

Verdict de l’audience populaire

Si le spectacle du stade Petit Sory a donné l’image d’une nation mobilisée autour des droits des femmes, beaucoup de participantes sortent toutefois de la cérémonie avec une question en tête : « Et après ? ». Entre les discours engagés à l’oral, les promesses répétées et l’urgence des réalités vécues dans les quartiers, les villages et les décharges, la pression est désormais sur les autorités pour transformer ce grand show symbolique en données statistiques, en protections concrètes et en politiques visibles.

En clair, Doumbouya et sa cour ont montré que la femme est « à l’honneur » ; désormais, la femme guinéenne attend qu’elle soit véritablement au cœur des décisions.

A-Tchol pour Billetdujour.com