Le dossier de l’ancien Premier ministre, le Dr Ibrahima Kassory Fofana, a pris un nouvel élan ce jeudi devant la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) de Guinée. L’affaire, qui oppose l’État guinéen à l’ex‑chef du gouvernement, reste l’un des procès les plus médiatisés du pays, tant par la portée symbolique de l’accusé que par la nature des faits reprochés.

Kassory Fofana, Premier ministre de 2018 à 2021, est poursuivi pour détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux. Il conteste la condamnation rendue en première instance, demandant sa relaxe totale au motif de vices de procédure et d’un état de santé incompatible, selon sa défense, avec la poursuite des débats.

Le parquet, en revanche, a réclamé la confirmation intégrale de la peine, défendant une décision qu’il qualifie de « conforme à la loi » et « solidement étayée par les éléments du dossier ».

Le cœur du litige tourne autour de la réaffectation de 3 milliards de francs guinéens prélevés sur une enveloppe de 15 milliards destinée à la Mission d’achat de riz (MAMRI) et redirigés vers l’Agence nationale d’investissement pour l’emploi et la santé (ANIES). Le ministère public souligne que le détournement ne suppose pas nécessairement une appropriation personnelle des fonds, mais peut résulter de leur utilisation à des fins différentes de celles initialement prévues.

Les procureurs ont également mis en avant un décalage entre les revenus déclarés de l’ancien chef du gouvernement, dont le salaire mensuel s’élevait à 15 millions de francs guinéens, et l’ampleur de son patrimoine. Ils se sont appuyés sur l’ordonnance de saisie pénale du 13 octobre 2023, qui liste des biens situés à Conakry, à Forécariah, aux États‑Unis, ainsi que de fortes sommes déposées sur ses comptes à la société VISTAGUI SA.

L’accusation de blanchiment de capitaux a encore été renforcée par des allusions à des dépôts bancaires « fractionnés » qu’Amiata Kaba, substitut du procureur spécial, a qualifiés de manœuvres visant à « échapper à la vigilance des autorités de contrôle ».

Alors que la défense milite pour une révision complète de la condamnation, le parquet demande la confirmation sans appel du jugement de première instance. La décision de la chambre des appels, qui devrait intervenir dans les prochains jours, risque de peser lourdement sur la perception de la lutte contre la corruption et la justice transitionnelle en Guinée.

A-Tchol pour Billetdujour.com