Le tribunal criminel de Dixinn a rendu ce lundi sa décision concernant la demande de requalification des infractions reprochées au colonel Bienvenu Lamah, poursuivi dans le cadre du dossier du massacre du 28 septembre 2009, considéré comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente de la Guinée. Initialement inculpé pour complicité d’assassinat, de meurtre, de viol, de torture et autres faits graves, l’officier fait désormais face à une requête du ministère public visant à transformer ces chefs d’accusation en crimes contre l’humanité. Le parquet a justifié cette démarche par la gravité et le caractère systématique des exactions, commises, selon l’accusation, contre une population civile désarmée.
Dans son délibéré, le président du tribunal, le juge Aboubacar Thiam, a rappelé l’importance de préserver les principes fondamentaux de la procédure pénale, notamment la présomption d’innocence et le droit à une défense effective. Il a souligné que les débats doivent permettre aux parties de discuter pleinement des qualifications initiales comme de celles sollicitées par le ministère public. Le magistrat a précisé que la question de la requalification sera définitivement tranchée lors de la décision sur le fond, par un seul et même jugement, en s’appuyant sur les articles 405, 441 et 548 du Code de procédure pénale.
Le tribunal a donc choisi de réserver sa position sur la requalification, ainsi que sur les frais et dépens, jusqu’au jugement final.
L’audience s’est poursuivie avec la comparution de trois autres prévenus, Georges Olemou, Thomas Touaro et Jean-Louis Kpoghomou, également appelés à répondre devant la juridiction criminelle.
Ce procès, relatif au massacre du 28 septembre 2009, s’est tenu dans l’enceinte de la Cour d’Appel de Conakry, exceptionnellement aménagée pour accueillir les débats. La séance a été marquée par les interrogations successives de la partie civile, des avocats de la défense et des représentants du ministère public.
De nouveau cité dans cette affaire emblématique, le colonel Bienvenu Lamah, qui avait bénéficié d’un non-lieu lors du premier procès, s’est présenté à la barre pour contester la reprise des poursuites. Il a dénoncé une procédure qu’il qualifie de « photocopie conforme » de la précédente, estimant qu’aucune charge nouvelle ne justifie son retour devant la justice. Instructeur au camp de formation de Kaleyah au moment des faits, il a nié toute implication dans les violences, affirmant n’avoir ni hébergé des personnes impliquées, ni donné d’instructions, ni fourni de moyens. Il a rejeté toute accusation de soutien logistique ou moral aux auteurs présumés et nié avoir participé à une quelconque réunion en lien avec les événements.

Interrogé sur le rôle éventuel des recrues du camp de Kaleyah, il a maintenu qu’aucune d’entre elles n’avait quitté le camp, décrivant des jeunes en situation de précarité, davantage préoccupés par leur survie quotidienne que par une participation à des violences d’une telle ampleur. Alors que le colonel Lamah campe sur sa position de totale innocence, les débats se poursuivent dans l’attente d’éclaircissements judiciaires susceptibles d’apporter des réponses aux victimes et à l’opinion publique.

Amirou Diallo