La réforme de l’état civil engagée en Guinée à travers la création de l’Office National de l’État Civil et de l’Identification (ONECI) viserait à corriger des dysfonctionnements structurels longtemps décriés par les citoyens, les collectivités et les acteurs de la société civile. Elle s’inscrirait dans une volonté de modernisation, de sécurisation des données et de rationalisation de l’identification des personnes.

Toutefois, sur le terrain, cette réforme semblerait soulever une interrogation légitime : la relation entre l’ONECI et les mairies serait-elle suffisamment claire et équilibrée pour garantir un service public efficace ?

I. Une réforme nécessaire, mais encore inégalement appropriée

Pendant plusieurs décennies, les mairies ont été les principales responsables de la gestion de l’état civil, souvent avec des moyens limités et des outils dépassés. Cette situation aurait favorisé :

la multiplication d’extraits de naissance pour un même citoyen ;

l’absence d’un identifiant unique fiable ;

la faiblesse des statistiques démographiques ;

des difficultés récurrentes lors des opérations électorales.

La création de l’ONECI répondrait donc à un besoin réel de structuration et de centralisation. Elle pourrait être perçue comme une réponse institutionnelle à un système fragmenté et peu sécurisé. Néanmoins, toute réforme, aussi pertinente soit-elle, pourrait rencontrer des résistances si elle n’est pas suffisamment expliquée et partagée à la base.

II. ONECI et mairies : une complémentarité affirmée, mais parfois fragilisée

Sur le plan juridique et institutionnel, les rôles seraient relativement clairs :

les mairies continueraient d’assurer l’enregistrement des faits d’état civil ;

l’ONECI aurait pour mission la coordination, la centralisation et la sécurisation des données.

Cependant, dans la pratique, plusieurs tensions pourraient apparaître.

1. Un sentiment de marginalisation des communes

Certaines collectivités locales auraient le sentiment que la réforme réduirait leur marge de manœuvre, les cantonnant à un rôle d’exécution, sans transfert suffisant de moyens techniques et financiers.

2. Une confusion persistante pour les citoyens

Le citoyen pourrait éprouver des difficultés à identifier le véritable responsable en cas de retard ou de rupture de service. Cette confusion aurait tendance à faire peser la pression sur les agents communaux, pourtant dépendants de décisions prises à d’autres niveaux.

3. Une gratuité aux effets ambivalents

La gratuité des extraits de naissance et de la carte nationale d’identité constituerait une avancée sociale majeure. Toutefois, lorsqu’elle ne serait pas accompagnée d’une anticipation logistique suffisante, elle pourrait engendrer des frustrations et des suspicions, fragilisant la confiance citoyenne.

III. Le défi central : une gouvernance à consolider

Il semblerait que le principal défi de cette réforme ne réside pas dans son principe, mais dans sa mise en œuvre. Les difficultés observées pourraient être liées :

à une coordination insuffisante entre acteurs ;

à des circuits administratifs complexes ;

à un déficit de communication publique.

Ainsi, ni l’ONECI ni les mairies ne sauraient être tenues pour seules responsables. Le problème se situerait davantage au niveau de la gouvernance globale du dispositif.

IV. Pistes de solutions et recommandations citoyennes

🔹 1. Clarification des rôles et information du public

Il serait souhaitable de lancer une campagne nationale expliquant clairement les responsabilités respectives de l’ONECI et des mairies, afin de réduire la confusion et les tensions.

🔹 2. Renforcement des capacités des communes

La réforme gagnerait en efficacité si les mairies étaient davantage dotées en équipements, formations et ressources humaines adaptées à l’état civil numérique.

🔹 3. Mise en place d’un cadre permanent de concertation

Un mécanisme institutionnel de dialogue régulier entre l’ONECI et les collectivités locales permettrait probablement d’anticiper les crises et d’ajuster les décisions aux réalités du terrain.

🔹 4. Anticipation des effets de la gratuité

Il conviendrait de planifier les périodes de forte demande et de sécuriser les financements en amont, afin d’éviter des ruptures préjudiciables aux citoyens.

🔹 5. Introduction d’outils de redevabilité citoyenne

La mise en place de mécanismes de plaintes et de suivi pourrait contribuer à renforcer la transparence, tout en protégeant les agents communaux contre des accusations injustifiées.

Conclusion

La réforme de l’état civil en Guinée constituerait une opportunité historique de renforcer la citoyenneté et la gouvernance publique. Toutefois, son succès dépendrait largement de la capacité de l’État à assurer une articulation équilibrée entre centralisation nationale et proximité communale.

ONECI et mairies devraient être perçues non comme des structures concurrentes, mais comme des partenaires incontournables au service du citoyen.

Moderniser l’état civil ne devrait pas seulement consister à numériser des registres,

mais à restaurer durablement la confiance entre l’État et les citoyens.

Mamadou Diouldé SOW 

Activiste de la Société Civile Guinéenne