Archives premier discours de la Guinée à la tribune des Nations Unis, le 12 Décembre 1958 porté par le président Sékou Touré.
Extrait discours:
« Monsieur le Président, Excellence, c’est avec une réelle émotion que j’ai l’honneur et la joie de m’adresser à votre Haute Assemblée et à travers elle au vénérable peuple des 82 nations que vous représentez. En effet, en mettant fin à la domination étrangère en septembre 1958, le peuple de Guinée avait placé son intime espoir en l’organisation des Nations Unies. En nous reconnaissant et en nous accueillant comme membres des Nations Unies, vous avez brisé le cercle d’isolement que nos ennemis, les ennemis de l’évolution africaine, tentaient de refermer autour de la jeune République de Guinée, afin de décourager définitivement toute vélélité de libération sur le sol africain.
Combien il est réconfortant pour les patriotes que nous sommes de constater qu’aux heures les plus décisives du destin de nos peuples, la solidarité et la fraternité internationales ne font jamais défaut. Le gouvernement que j’ai l’honneur de présider, fidèle à l’idéal de justice et de solidarité, fidèle surtout à l’action et à la volonté unanime du peuple de Guinée en faveur de l’accélération de la lutte des peuples opprimés, entend une fois de plus proclamer que la liberté de l’Afrique est indivisible et qu’en conséquence l’indépendance guinéenne est inséparable de celle des autres peuples d’Afrique. L’histoire africaine connaît de nos jours une accélération telle qu’il y ait des événements décisifs et importants ponctuent son processus à un rythme inattendu.
Il y a seulement dix ans, l’Afrique était presque entièrement occupée par l’étranger et sa vie réglée au profit exclusif de celui-ci. Elle était absente de la scène internationale.  Le fait le plus significatif, c’est surtout cette levée massive et générale de tous nos peuples, même de ceux qui avaient été jusqu’ici considérés comme les plus arriérés, c’est-à-dire les plus opprimés.
Tous les plans en vue de freiner cette évolution, cette volonté farouche de l’Afrique pour la reconquête de sa dignité sont de jouer les uns après les autres. Et toujours, c’est le même cri déchirant qui retentit à travers tout notre continent. Indépendance ! Ainsi, indépendance et unité sont aujourd’hui les deux forces irrésistibles qui secouent ce grand point d’interrogation qu’est l’Afrique en agitant toutes les forces vives.
L’Afrique qui émerge à la vie universelle va à la rencontre du reste du monde, non pas comme un élément antagoniste, mais au contraire, avec une entière volonté de coopération et un souci conscient et constant d’être un apport dont le monde ne saurait se priver sans compromettre ses chances et ses ressources. Les nations qui s’étaient attribuées le rôle de dirigeants en Afrique ont cru pouvoir agir au nom de nos peuples. On connaît l’échec qu’elles ont récolté… »
A-Tchol pour Billetdujour.com