Ils veulent dissoudre la démocratie, mais c’est le peuple qui les dissoudra
En ce 3 mai 2025, alors que le monde célèbre la Journée internationale de la liberté de la presse, le Mali sombre dans une inquiétante spirale de répression et de confiscation des libertés. Face à la menace d’une dissolution des partis politiques, plus d’une centaine de formations ont signé une déclaration solennelle. Une riposte républicaine. Un cri d’alarme, mais surtout un cri de résistance.
Les masques sont tombés.
La transition, initialement tolérée pour remettre le pays sur les rails institutionnels après la chute d’IBK, s’est métamorphosée en régime militaire pérenne. Les autorités actuelles, sans mandat populaire, tentent de faire taire toute voix discordante en s’attaquant à l’architecture même de la démocratie : le pluralisme.
Sous couvert de « concertations nationales », tenues dans l’entre-soi et sans aucune représentativité, le régime propose désormais de faire payer une caution financière pour créer un parti politique. Une idée aussi absurde que dangereuse. Derrière cette mesure aux apparences technocratiques, se cache une entreprise bien connue des dictatures : ériger l’argent, la soumission ou l’affiliation clanique en critères d’accès à la parole politique.
Mais la Constitution de 2023 est formelle.
L’article 32 garantit la liberté d’association. L’article 33 reconnaît explicitement la liberté de création des partis politiques. Toute tentative de dissolution ou de mise sous tutelle est une violation flagrante de la Loi fondamentale – cette même Constitution que la junte prétend défendre.
Des sources internes à l’administration rapportent des instructions verbales de suspension de financements aux partis, des pressions sur les gouverneurs pour bloquer leurs activités, et même des menaces de radiation administrative. C’est une chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom.
Mais le peuple n’est pas dupe.
« Ce pays ne nous appartient pas, mais nous y avons notre mot à dire », nous a confié Aïssata, étudiante en droit rencontrée lors du rassemblement du 3 mai au Palais de la culture.
Sur les pancartes brandies ce jour-là, on pouvait lire : “Notre silence n’est pas un acquiescement” ou encore “La démocratie ne se mendie pas, elle se défend”. Ce ne sont pas seulement des slogans. Ce sont les signes annonciateurs d’une reconquête.
Les partis ont tracé une ligne rouge : le 31 décembre 2025.
Ils exigent la fin effective de la transition militaire, la libération immédiate des détenus politiques, et le retour sans condition des exilés. Au-delà de cette date, toute prolongation serait interprétée comme un coup d’État constitutionnel. Trop, c’est trop.
Mais surtout, ils appellent à une mobilisation collective. Car c’est bien là l’enjeu : ne pas laisser la défense de la République aux seuls partis. Les syndicats, les leaders religieux, les organisations de jeunesse, les magistrats, les chasseurs, les chroniqueurs de rue, les apprentis SOTRAMA – tous sont convoqués à la défense de ce qui nous reste de République.
La citoyenneté ne se paie pas.
La logique du suffrage censitaire, fondée sur l’argent, est contraire à tous les principes républicains. À travers elle, ce n’est pas seulement l’égalité devant la loi qui est attaquée, c’est le cœur même de notre vivre-ensemble.
Ils veulent dissoudre les partis ?
Ils veulent dissoudre la critique ?
Ils veulent dissoudre les esprits libres ?
Alors ce sont eux que l’Histoire dissoudra.
Ils veulent dissoudre la démocratie. Mais la démocratie, ce n’est pas un papier qu’on peut brûler, ni un décret qu’on peut signer dans le secret d’un bureau. C’est une idée. Et une idée ne se dissout pas. Elle se transmet, elle se défend, elle renaît. Toujours.
« Même sous la cendre, le feu dort. »
Malick Konaté, @konate90