Perception de la compétence, questionnements éthiques… Les disparités d’utilisation de l’intelligence artificielle reflètent le sexisme de nos sociétés, soulignent plusieurs études.
« Une ingénieure en informatique peut craindre que, si elle utilise l’IA, son responsable la considère comme moins compétente », pointe Rembrand Koning.
En matière d’intelligence artificielle, les hommes semblent être à fond. Mark Zuckerberg, Elon Musk… Aussi bien les grands noms que les recherches suggèrent la même tendance : au sein de la population générale, les hommes expérimentent avec l’IA tandis que, dans l’ensemble, les femmes en ont une utilisation plus restreinte.
En effet, d’après une étude publiée par des chercheurs de l’université de Californie à Berkeley, de l’université de Stanford et de l’université de Harvard, les femmes adoptent les outils d’IA à un taux inférieur de 25 % à celui des hommes en moyenne.
Ces « starter packs » générés par IA sont partout sur internet, mais ils ne font pas rire tout le monde.
Sur portable, la différence entre les genres est encore plus frappante : entre mai 2023 et novembre 2024, on estime que seulement 27,2 % du total des téléchargements de l’application ChatGPT provenaient de femmes. Même son de cloche du côté de Claude et Perplexity, deux autres modèles d’IA populaires.
[Note : Cet article est une traduction réalisée par la rédaction du HuffPost France, à partir d’un article paru en septembre 2025 sur le HuffPost américain. L’article original est à lire ici. Il a été traduit, raccourci et édité dans un souci de compréhension pour un lectorat francophone.]
Des femmes considérées comme moins compétentes
Les chercheurs de Berkeley, Stanford et Harvard ont constaté que les femmes avaient en partie tendance à renoncer à l’IA à cause de questionnements sur l’éthique de ces outils. Dans d’autres cas, elles craignent que leurs compétences et leurs connaissances ne soient remises en question, explique Rembrand Koning, l’un des coauteurs de l’étude et professeur associé à la Harvard Business School.
« Il s’agit d’une hypothèse que nous espérons vérifier dans le cadre de travaux futurs, mais je pense que les hommes n’ont pas l’impression qu’ils seront jugés stupides s’ils utilisent l’IA », souligne-t-il au HuffPost. « Un ingénieur masculin qui trouve une application intelligente de l’IA est susceptible d’être félicité par son patron. » À l’inverse, de nombreuses recherches sociologiques montrent que l’expertise des femmes est souvent remise en question sur leur lieu de travail, « donc une ingénieure en informatique peut craindre que, si elle utilise l’IA, son responsable la considère comme moins compétente », pointe le spécialiste.
Les étudiantes, en particulier celles qui obtiennent de bons résultats, sont également moins susceptibles d’utiliser des outils d’IA que leurs homologues masculins, selon une étude menée en 2024 par des chercheurs suédois et norvégiens.
« Les étudiantes les plus brillantes peuvent se montrer plus prudentes dans l’utilisation d’outils qui n’ont pas été explicitement approuvés par leurs professeurs », souligne Catalina Franco, co-auteure de l’étude et chercheuse au Centre de recherche expérimentale sur l’équité, l’inégalité et la rationalité de l’École norvégienne d’économie. « Si les hommes sont moins réfractaires au risque, ils peuvent être moins préoccupés par les sanctions potentielles et plus disposés à essayer l’IA malgré les controverses », ajoute-t-elle.
L’IA est conçue pour les hommes
Les hommes ont un avantage supplémentaire en matière d’IA : cette technologie est conçue pour les utilisateurs masculins. Développée principalement par une main-d’œuvre masculine blanche, elle a été formée à partir de questions et de préférences pensées par des hommes, pointe Randi Williams, chercheuse en intelligence artificielle.
Pour elle, « les disparités dans l’adoption de l’IA générative sont un problème de conception, et non un problème de genre. Les femmes ne se précipitent peut-être pas sur l’IA pour la simple raison que cette technologie n’a pas été conçue en pensant à elles.  »
Des applications plus durables
Dans quels domaines les femmes sont-elles les plus enclines à utiliser l’IA ? Selon des chercheurs de la Booth School of Business de l’université de Chicago et de l’université Erasmus de Rotterdam aux Pays-Bas, les femmes seraient plus enclines que les hommes à préférer recrutées par un robot que par un être humain. Des résultats surprenants, qui suggèrent que les femmes pourraient considérer l’IA comme un juge plus équitable que les êtres humains.
Il existe de nombreuses raisons d’être prudent, voire sceptique, à l’égard de l’IA. Préoccupations liées à la vie privée, craintes que l’IA ne produise des résultats biaisés, enjeux écologiques… À cela s’ajoute la crainte des changements dans le monde du travail et de la suppression d’emplois. Pour Dishita Turakhia, chercheuse travailant sur l’intersection entre l’interaction homme-machine au Massachusetts Institute of Technology, l’important n’est pas le moment où on adopte un outil, mais comment on l’utilise une fois qu’il est adopté.
« Les premiers utilisateurs peuvent contribuer à repousser les limites créatives de ces technologies, mais ceux qui les adoptent plus tard, parfois avec plus de prudence, apportent souvent un regard critique qui conduit à des applications plus durables », relate-t-elle au HuffPost. « Comme on dit, le premier arrivé est le premier servi, mais le deuxième arrive à ses fins. »
Via Huffingtonpost.fr