« Quand vous tournez une page de l’histoire d’un peuple sans la lire, il revient à la répétition des erreurs », disait Aimé Stéphane Mansaré.

Tel qu’illustré par le cas guinéen, notre pays a déjà connu trois changements anticonstitutionnels, antidémocratiques et anti-progrès au cours de son histoire.

Tentons d’analyser tour à tour ces événements afin d’y voir plus en profondeur.

Au crible des analyses, nous dirons que le peuple de Guinée est en train de faire la même chose et d’espérer un résultat contraire. Or, la même cause produit toujours le même effet.

En Malinké, ne dit-on pas qu’on ne frappe pas deux fois un aveugle au même endroit pour la même cause ?

Alors, il faut dire sans se tromper que le peuple de Guinée fait exception à cela, car les trois changements anticonstitutionnels ont été accueillis de la même manière par le même peuple, qui ont fini par se retourner contre lui. Hélas !

Pour la première transition, intervenue après la mort du Président Ahmed Sékou TOURÉ, le responsable suprême de la Révolution, elle a commencé par dissoudre tout le système révolutionnaire qui était en place, permettant à la Guinée d’avoir une appréciation parmi d’autres pays. Aussi, elle a fait disparaître toutes les archives qui contenaient des plans et des stratégies de développement. Pis encore, le pire a été de se retrouver à la banque centrale pour se partager le trésor public (en citant les 8 tonnes d’or et se les partager). Par conséquent, le système économique du pays fut affaibli et rendu vulnérable face à tout ordre extérieur, c’est pourquoi nous n’avons pas pu résister au programme d’ajustement structurel (PAS) des institutions de Bretton Woods.

Pour la deuxième transition, elle aussi intervenue suite à la mort du Président Général Lansana CONTÉ.

Dès l’entame, les putschistes ont pris le peuple au dépourvu dans l’euphorie et, pour permettre que le peuple les suive comme des moutons de Panurge, ont tout de suite dissout toutes les institutions de la République. Ils ont également fait des promesses de stabilité, rassurant le peuple qu’ils ne se présenteraient pas à l’élection présidentielle à venir, ni ne confisqueraient le pouvoir. Dans ce contexte, ils se sont mis à lutter contre le trafic de stupéfiants, le banditisme et la traque des bandits à col blanc qui caractérisaient cette époque de notre pays. Sans trop de succès dans les actions entreprises et dans un climat de méfiance totale, l’homme le plus puissant a tenté de rompre ses promesses.

Ainsi, contre toute attente et animées d’un sentiment de révolte, les forces vives de Guinée ont décidé de se dresser contre cette insulte à la morale et à la conscience des Guinéens. La suite de cela nous a conduits aux drames tragiques du 28 septembre, jamais connus dans l’histoire de notre pays. Jusqu’à présent, le nombre exact des morts n’est pas connu. Même si aujourd’hui cet événement est jugé et a acquis l’autorité de la chose jugée, c’est notre histoire et elle est ineffaçable.

La transition en cours, sous la direction du Général d’Armée Mamadi DOUMBOUYA, était considérée par beaucoup de Guinéens au début comme une transition de toutes les chances, qui pouvait tout rectifier. Contrairement aux deux précédentes transitions, elle s’est dotée d’une Charte contenant des dispositions non modifiables, ce qui représentait une stabilisation rassurante pour le peuple. En plus de ces dispositions intangibles, le Président l’a réitéré lors de sa prestation de serment devant la Cour Suprême siégeant en matière constitutionnelle. Il a également, dans plusieurs de ses sorties médiatiques, affirmé la même chose devant l’opinion nationale et internationale.

Même pour rassurer le peuple, le Secrétaire Général de la Présidence, Général Amara Camara, l’a réitéré, en disant d’accorder le bénéfice du doute à la parole du soldat. 🤔

Pourtant, l’homme du 5 septembre avait promis de faire l’amour à la Guinée. À notre grande surprise, nous nous sommes retrouvés dans une situation contraire et, pire encore, il est perceptible qu’il veut rompre ses promesses, c’est-à-dire l’attente légitime de la population guinéenne qui l’avait cru. À cet effet, aujourd’hui, nous assistons à la prolifération des mouvements de soutien ici et là, afin de donner un quitus à la candidature de l’homme le plus gradé du pays. Or, il s’est juridiquement et même moralement verrouillé cette possibilité. Au demeurant, l’un de ces événements obstinément engagés s’est tourné au drame à Nzérékoré, laissant plusieurs familles en deuil et, par ricochet, le peuple entier. À ce jour, rien n’est élucidé dans ce drame.

Maintenant, il reste à savoir ce qui a fait déborder la vague. Sans doute, c’est quand il a eu la fougue de négocier à sa guise le plus grand projet minier de notre siècle (le méga projet de Simandou), que notre pays n’était pas vraiment prêt à exploiter si nous voulons vraiment profiter de cette ressource non renouvelable. Cependant, vu l’immensité financière évoquée autour de ce projet, les verbes ont automatiquement changé. Ils ont commencé à chercher des subterfuges avec la complicité des favoris du projet Simandou pour le soutenir par tous les moyens possibles.

En conclusion

Nous pouvons dire que le peuple est pris en otage par la complicité de ceux qui doivent le défendre. Des intellectuels tarés, des cadres véreux obstinés à la recherche de leur bien-être au détriment du peuple sont insatiables. Sinon, logiquement, personne ne devrait collaborer ni côtoyer le pouvoir actuel dans son projet perfide de trahison à l’égard du peuple, jusqu’à leur démission.

Évidemment, cela est possible sans force ni invective. Vraiment, cela est possible quand le peuple est averti, éduqué et éclairé sur la conduite d’une telle démarche.

Par leur facilitation (intellectuels et cadres véreux), ces accidents de la République ont tous laissé des traces indélébiles sur la nation. Si la première transition a créé un désordre économique et une indiscipline dans la gestion de la chose publique, la deuxième transition a, à son actif, le plus grand crime jamais enregistré dans l’histoire de notre pays.

Enfin, celle en cours, sans être arrivée à terme, au-delà des drames humains, se distingue par sa capacité à compromettre l’avenir de la Guinée à son profit.

Alors, quel sera le comportement de ces mêmes personnes (intellectuels et cadres véreux) dans le futur de notre pays ? Seront-ils avec le peuple ou vont-ils se coaliser avec ceux qui travestissent les lois de la République ?

Abdramane DIAKITÉ
Activiste
620324785
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