La vie politique guinéenne vient de connaître un nouveau séisme avec la suspension de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) et la cascade de démissions qui s’en est suivie. Pour beaucoup, il s’agit d’un épisode supplémentaire dans le feuilleton de notre démocratie fragile. Pour d’autres, une preuve supplémentaire de l’opportunisme qui mine les élites politiques du pays. Mais au-delà des apparences, cette crise pose une question plus profonde : et si le problème ne résidait pas uniquement dans les partis, mais dans la faiblesse de nos institutions elles-mêmes ?
Une crise révélatrice de fragilités structurelles
L’UFDG, longtemps considérée comme le principal parti d’opposition, n’échappe pas aux travers qui caractérisent nombre de formations politiques guinéennes : une organisation centrée sur une personnalité forte, une difficulté à instaurer une véritable démocratie interne et une incapacité à renouveler ses élites de manière fluide.
La suspension et les démissions qui ont suivi témoignent d’une fragilité institutionnelle interne. Au lieu de voir émerger un débat d’idées, un projet collectif ou une vision politique alternative, ce sont des intérêts individuels qui semblent prendre le dessus. Ces départs « stratégiques » ressemblent moins à une divergence idéologique qu’à une recomposition opportuniste, dictée par l’instinct de survie dans un environnement politique incertain.
Le miroir d’un système politique en panne
Cependant, réduire ce phénomène à l’UFDG serait une erreur d’analyse. Ce parti est le miroir d’un mal plus profond : la personnalisation extrême du pouvoir, la faiblesse de la culture démocratique et l’absence d’un cadre institutionnel solide.
En Guinée, les partis politiques sont souvent construits autour d’un leader et non d’un projet collectif. Lorsque le leader est fragilisé, c’est toute la structure qui vacille. Par ailleurs, les institutions censées garantir un cadre équitable pour la compétition politique – qu’il s’agisse des organes électoraux, des instances judiciaires ou des dispositifs de régulation manquent cruellement d’indépendance et de crédibilité.
Ainsi, les crises au sein des partis ne sont pas seulement internes : elles traduisent l’incapacité des institutions à organiser un jeu démocratique stable, transparent et inclusif.
Le danger d’une fragmentation politique
Cette situation présente un double risque. D’une part, elle fragilise l’opposition, qui devrait pourtant jouer un rôle fondamental de contre-pouvoir et de proposition. D’autre part, elle contribue à accentuer la méfiance des citoyens vis-à-vis de la classe politique dans son ensemble.
La multiplication des défections, des alliances de circonstance et des repositionnements opportunistes risque de renforcer le sentiment que la politique guinéenne n’est qu’une affaire d’intérêts personnels, loin des préoccupations des citoyens. À terme, cette désaffection alimente l’abstention, le repli communautaire ou, pire, le rejet de la démocratie.
Une opportunité de refondation
Pourtant, dans chaque crise se cache une opportunité. La suspension de l’UFDG et la recomposition politique en cours pourraient être l’occasion d’ouvrir un vrai débat national sur la nécessité d’une refonte institutionnelle.
Cette refonte devrait reposer sur trois piliers :
La démocratisation interne des partis politiques. Les partis doivent s’ouvrir, instaurer des mécanismes de relève et favoriser l’émergence de nouvelles générations de cadres. La légitimité ne peut plus reposer uniquement sur l’ancienneté ou le charisme d’un leader, mais sur la capacité à proposer une vision et à fédérer autour d’idées.
Le renforcement des institutions de régulation. Sans un organe électoral véritablement indépendant, sans une justice impartiale et sans règles claires pour encadrer la vie politique, chaque parti reste vulnérable aux pressions et aux crises. Les institutions doivent garantir la transparence et protéger le pluralisme politique.
La redéfinition du contrat social. La politique guinéenne ne doit pas être réduite à un jeu de pouvoir entre élites. Elle doit s’ancrer dans les réalités sociales, économiques et culturelles du pays. Les partis doivent redevenir des espaces de débat citoyen, porteurs de solutions aux problèmes concrets : emploi des jeunes, accès à la santé, agriculture, industrialisation, justice sociale.
Conclusion : vers une démocratie résiliente
La crise de l’UFDG n’est pas un accident isolé. Elle est le symptôme d’un système politique guinéen encore fragile, vulnérable et trop dépendant des calculs individuels. Mais elle peut aussi être un point de départ.
La Guinée ne pourra construire une démocratie solide qu’en réformant ses institutions et en transformant sa culture politique. La suspension de l’UFDG doit nous interpeller : voulons-nous rester dans un cycle de crises répétitives, ou saisir ce moment pour bâtir un système plus crédible, inclusif et résilient ?
La réponse appartient autant aux acteurs politiques qu’aux citoyens. Car une démocratie ne se résume pas aux partis : elle se construit par des institutions fortes et une conscience collective exigeante.
Oumar Barry jeune entrepreneur et politologue, militant démocrate engagé pour la nation.