Les États vont devoir s’entendre sur la nécessité de réduire la production de plastique et d’élaborer de meilleurs efforts de recyclage.
La planète va-t-elle commencer à se déplastifier au bord du lac Léman ? La ville de Genève doit accueillir à partir de ce mardi et jusqu’au 14 août les représentants de 180 pays, dans l’espoir d’élaborer le premier traité mondial pour éliminer la pollution plastique. À quelles difficultés vont-ils se confronter ? Le Parisien fait le point.
Pourquoi ce nouveau sommet ?
Cette session de négociations s’ouvre sur 10 jours, après l’échec de précédentes discussions menées à Busan en Corée du Sud en décembre. À cette occasion, plusieurs pays producteurs de pétrole (Arabie saoudite, Russie, Iran…) avaient bloqué toute avancée.
Le débat doit cette fois se focaliser sur la nécessité de réduire la production de plastique et de mener de meilleurs efforts de recyclage. « Il y a une réelle urgence » à aboutir à un traité, a jugé ce lundi Henri Bourgeois-Costa, directeur des affaires publiques à la Fondation Tara Océan, sur France Inter.
« Le mandat initial des Nations unies voulait un traité abouti fin 2024. On est en 2025, donc on a pris un peu de retard. Ce n’est pas grave en soi puisque c’est un traité qui est complexe (…) mais aujourd’hui, il faut arriver à quelque chose de concret puisque derrière il va falloir du temps pour le rendre opérationnel et pour le traduire dans les faits », a-t-il souligné.
Que représente la consommation de plastique ?
L’enjeu autour de ce sommet est de taille, tant ce matériau s’est insinué dans tous les pans de notre quotidien (santé, aéronautique, alimentation, construction automobile…). En 1950, 2 millions de tonnes de plastique étaient produites au niveau mondial. En 2023, ce chiffre est passé à 436 millions de tonnes, selon l’ONU. Si rien n’est fait, la consommation mondiale de plastique pourrait même tripler d’ici 2060.
L’impact de cette pollution sur l’homme est réel. En se décomposant en micro et nano plastiques qui contaminent les écosystèmes, les polymères pénètrent jusque dans le sang et les organes humains. Les conséquences, encore largement inconnues sur la santé des générations actuelles et à venir, ont été maintes fois dénoncées par les scientifiques. L’exposition aux plastiques semble par exemple multiplier les risques de cancers et de pathologies respiratoires.
En parallèle, cette pollution qui représente un « danger grave, croissant et sous-estimé » pour la santé coûte au monde au moins 1 500 milliards de dollars par an, ont évalué des scientifiques dans un rapport paru lundi dans The Lancet.
Quel espoir pour un traité ?
Les négociations vont toucher des intérêts antagonistes autour du plastique (développement économique, environnement, santé). Malgré la grande complexité des débats, « il est très possible de quitter Genève avec un traité » a déclaré cette semaine la Danoise Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
Reste que les difficultés ne manquent pas. Au total, plus de 300 points de désaccord ont été recensés entre les États. Par exemple ? Le plus difficile concerne le fait d’inscrire (ou non) dans le traité une limitation de la production de plastiques neufs. Des pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou la Russie ne veulent pas en entendre parler.
Pour cette raison, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a indiqué ce mardi sur RFI n’être « pas confiante » sur la possibilité d’obtenir un accord ambitieux. « Les pays producteurs sont très réticents à aller au bout de la négociation et utilisent beaucoup d’arguments fallacieux », a-t-elle noté.
Autre point crucial, l’établissement d’une liste de produits chimiques jugés « problématiques » pour la santé ou l’environnement : PFAS (polluants dits « éternels »), perturbateurs endocriniens, phtalates, bisphénols… Le fossé se creuse ainsi entre les pays ambitieux et ceux préférant ne s’attaquer qu’à la gestion des déchets.
Résultat, « on est aujourd’hui sur un texte qui sauve les meubles sur certains aspects, comme la réduction de la production, mais on a perdu en termes d’ambition au fil du temps », regrette Muriel Papin, déléguée générale de l’association No Plastic In My Sea.
D’après une enquête du Guardian, une trentaine d’organisations de lobbying des industries chimique et plastique auraient rejoint la table des discussions depuis 2023, afin de limiter la portée du traité.
Via leparisien.fr