ENTRETIEN :L’écrivain franco-guinéen nous a reçu à Conakry. Il parle de son nouveau roman, du climat politique en Guinée, et des relations franco-africaines, avec cette verve qui lui appartient.
Conakry, fine bande de terre qui s’élance dans l’océan Atlantique, est paralysé par les embouteillages. Embarrassé, on prévient notre hôte, l’écrivain Tierno Monenembo. « C’est souvent comme ça à Conakry ! » balaie-t-il, désolé, mais surtout accommodant. La nuit tombe quand on le rencontre, enfin, dans un maquis du quartier résidentiel de Kipé. L’ambiance y est plus sereine : chants d’oiseaux, sons cuivrés d’une salsa africaine des années 1970 en fond sonore, végétation débordante… « Je me sens bien ici. J’aime ces arbres, j’aime ce cadre. C’est la nature guinéenne », glisse Tierno Monenembo.
Une nature guinéenne grandiose, dont il s’est rapproché en 2012 pour écrire son nouveau roman. Il conte la trajectoire d’une jeune fille dans la Guinée indépendante. L’Histoire, encore. Cette matière inépuisable qui traverse son œuvre.
Dans Les Écailles du ciel** (Grand Prix littéraire d’Afrique noire 1986), Cousin Samba, chassé de son village, va connaître la domination coloniale, l’indépendance, la dictature. Dans Le Roi de Kahel** (Prix Renaudot 2008), Tierno Monenembo choisit comme héros le vicomte Aimé Olivier de Sanderval, personnage bien réel qui se mit en tête, à la fin du XIXe siècle, d’édifier un royaume au Fouta-Djalon, territoire peul de Guinée. Terroriste noir**, son dixième roman, campe un Peul guinéen devenu héros de la Résistance française. Et que dire de Peuls**, projet inspiré par la lecture « complètement par hasard » du Kalevala, saga poétique finlandaise ? Huit années de recherche et deux autres d’écriture sont nécessaires pour faire de cette épopée du peuple peul, un roman.
À la grande Histoire s’articule l’histoire singulière de Tierno Monenembo, ce Franco-Guinéen, qui a passé sa vie à naviguer entre les deux continents, européen et africain. « Selon les saisons », dit-il, amusé. Né en 1947 dans le Fouta-Djalon, il s’exile en 1969 au Sénégal, puis en Côte d’Ivoire. Après un doctorat de biochimie en France, il enseigne en Algérie, au Maroc, et à Caen, en Normandie, où il réside longuement. Autant d’expériences qui nourrissent son œuvre. Voilà près de quarante ans qu’il écrit, publie, lui qui a lu, enfant, le français, avant même de commencer à le parler. « Sony Labou Tansi disait : Nous ne sommes pas des francophones, nous sommes des francographes », se plaît-il à rappeler. Français et Guinéen, libre et engagé, Tierno Monenembo est aussi un écrivain qui dénonce, avec ironie, férocité, et courage. Il ne s’en prive pas, au cours de cet entretien pour Le Point Afrique.





































