Monsieur Pepe Antoine Lama,

Si vous tenez réellement au peuple de Guinée, alors le temps des discours émotionnels et des postures ambiguës est révolu. L’heure est grave. Elle exige de chacun, et surtout de ceux qui ont la parole publique, une lucidité sans faille et un engagement sans calcul. Le pays ne peut plus se permettre les détours rhétoriques ni les règlements de comptes personnels. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas votre opinion, ni celle de vos adversaires. C’est l’avenir d’une nation qui vacille entre stagnation et renaissance.

Le peuple guinéen n’a que trop souffert des transitions sans fin, des promesses creuses et des mascarades institutionnelles. Il ne s’agit plus de savoir qui a raison ou tort, mais de choisir : voulons-nous prolonger indéfiniment le règne du président Mamady Doumbouya et sa transition aux contours flous, ou aspirons-nous enfin à un président démocratiquement élu, issu d’un processus transparent, inclusif et crédible ?

Les Guinéens sont fatigués. Fatigués des détournements de sens, des manipulations, des discours creux qui ne débouchent sur rien. Fatigués de voir les intellectuels, censés éclairer le chemin, se transformer en courtisans de chaque régime, oubliant le peuple qu’ils prétendent servir. Ce peuple mérite mieux. Il mérite des institutions solides, une justice indépendante, des élections honnêtes et une démocratie réelle.

Monsieur Lama, votre rôle en tant que juriste n’est pas de flatter les puissants ni de brouiller les pistes. Il est de dire le droit, de défendre la vérité, même lorsqu’elle dérange. Il est de vous placer au-dessus des intérêts partisans pour rappeler à tous que la légitimité ne se décrète pas, elle se conquiert dans les urnes, dans le respect des règles et dans la transparence.

Aujourd’hui, nous avons besoin de voix courageuses, de paroles claires, de positions fermes. Nous avons besoin que les intellectuels cessent de se compromettre et recommencent à servir. Car ce n’est qu’en pensant au pays, et non à soi-même, que nous pourrons espérer reconstruire une Guinée digne, juste et prospère.

Je vous invite, Monsieur Lama, à prendre vos responsabilités. À parler pour le peuple, et non pour les puissants. À choisir la vérité, même si elle coûte. Car l’histoire retiendra ceux qui auront eu le courage de dire non à l’inacceptable, et oui à l’espoir.

Siba Kebe Guilavogui chargé d’implantation du fonds national pour le développement fnd dirigé par Makanera