L’agenda électoral refait surface dans les débats guinéens. Après une longue période d’attentisme, une annonce inattendue vient projeter le pays vers un référendum constitutionnel en septembre et des élections générales en décembre. Si l’intention peut sembler rassurante à première vue, elle soulève néanmoins un lot de questions fondamentales sur le fond, la forme et le moment choisi.
L’histoire récente du pays montre que les calendriers électoraux proclamés dans la précipitation, sans concertation ni cadre juridique clair, peinent à se traduire dans les faits. La question n’est pas seulement de fixer une date, mais de s’assurer que tous les prérequis sont remplis : un fichier électoral fiable, une Constitution légitimée par un débat national inclusif, des institutions crédibles, une logistique maîtrisée, et surtout, un minimum de consensus politique et social.
Annoncer un processus électoral sans discussion préalable avec les forces politiques, la société civile et les partenaires nationaux revient à courir avec des chaussures qu’on n’a pas encore lacées. La transition actuelle, censée être un moment de refondation et de régénération démocratique, ne peut se contenter d’un simple effet d’annonce. Elle doit démontrer sa volonté réelle d’inclure, de consulter et de construire.
Or, ce sont justement ces éléments qui manquent à l’appel. Le terrain reste miné par la méfiance. La classe politique est morcelée et méprisée. Les jeunes, qui devraient être des moteurs de la participation, sont désorientés. La société civile, souvent marginalisée, peine à jouer pleinement son rôle d’alerte et de proposition. Et les partenaires techniques et financiers s’interrogent sur la sincérité des engagements pris.
L’annonce récente peut-elle donc être perçue comme un tournant ? Peut-être. Mais à condition qu’elle soit suivie d’actes forts : mise en place d’un cadre de dialogue inclusif, publication d’un chronogramme officiel validé par toutes les parties prenantes, ouverture du processus de refonte du fichier électoral, et respect des engagements pris au nom du peuple.
Les élections sont un moment de vérité. Elles ne peuvent être improvisées ni instrumentalisées. Dans un pays encore marqué par les crises institutionnelles, les violences électorales et les promesses non tenues, la crédibilité du processus est plus importante que sa rapidité. Mieux vaut quelques mois de préparation supplémentaire qu’une sortie bâclée qui nous replongerait dans l’instabilité.
Le peuple guinéen mérite mieux qu’un calendrier imposé. Il mérite un processus construit, partagé et assumé. C’est à ce prix que nous pourrons espérer un retour à l’ordre constitutionnel véritable, et non une simple transition de façade.
Il revient à chacun  jeunes, citoyens, autorités, partenaires de garder les yeux ouverts et la voix active. Le chemin vers des élections libres et transparentes est encore long. Mais il ne sera jamais franchi si nous restons passifs ou complaisants.
Par Mamadou Diouldé Sow, Activiste de la Société Civile.