Le 5 septembre 2021 restera gravé dans la mémoire collective guinéenne comme le jour où le régime du président Alpha Condé a basculé sous la pression d’un coup d’État militaire. Si les images de la prise du palais et de la chute du pouvoir ont fait le tour du monde, les conséquences humaines, elles, continuent de se jouer dans l’ombre, loin des caméras. Parmi les victimes silencieuses de cette transition brutale, les proches du président déchu subissent une traque qui s’apparente à une véritable chasse aux sorcières.

Une traque qui dépasse les murs du palais

Ce jour-là, plusieurs membres de la garde présidentielle ont perdu la vie dans des affrontements violents. Mais la répression ne s’est pas arrêtée aux seuls soldats présents. Des familles entières, liées de près ou de loin à l’ancien régime, sont aujourd’hui dans la tourmente. C’est le cas du Sous lieutenant Mohamed Sekou Bangoura, fidèle parmi les fidèles du président Condé, dont la disparition a déclenché une série de descentes musclées dans son quartier.

Des voisins pris pour cibles

Moriba Kouroussa, doyen du quartier et voisin de longue date de M. Bangoura, témoigne avec inquiétude : « Ah, nous-mêmes sommes inquiets. Les militaires viennent non seulement intimider sa femme pour leur dire où se trouve son mari, mais parfois même chez nous les voisins, ils fouillent. Je ne sais pas ce qu’il a fait. Tout ce que je sais de M. Bangoura, c’est un militaire gentil avec nous tous. Nous puisons tous l’eau dans sa cour. »

Selon lui, les descentes se sont répétées à plusieurs reprises, la dernière ayant eu lieu à 20h, alors qu’il était en pleine prière. Les cris des enfants ont déchiré le silence de la nuit, témoignant de la brutalité de l’intervention.

Une famille sous pression

Mme Salematou, épouse de l’adjudant Bangoura, vit dans la peur constante. En larmes, elle confie : « Chaque fois qu’ils viennent chez moi, c’est avec les injures, les menaces, et parfois même ils piétinent tout sur leur passage. J’ai très peur pour mes enfants. »

Son témoignage met en lumière une réalité glaçante : la répression ne se limite pas aux acteurs politiques ou militaires, elle s’étend aux familles, aux voisins, aux innocents.

Une justice à deux vitesses ?

Alors que le pays tente de se reconstruire, ces actes soulèvent des questions fondamentales sur le respect des droits humains et la nécessité d’une justice équitable. La traque des anciens collaborateurs du régime Condé, si elle peut s’inscrire dans une logique de reddition des comptes, ne doit pas se transformer en vendetta aveugle.

La Guinée est à la croisée des chemins. Pour tourner la page du passé sans sombrer dans l’arbitraire, elle devra choisir entre vengeance et réconciliation.

Amirou Diallo