La Guinée vient de franchir une nouvelle étape décisive dans sa lutte contre la pollution plastique avec la publication, le 12 septembre 2026, d’un arrêté conjoint précisant les modalités d’application de l’interdiction des emballages et objets en plastique à usage unique. Mais derrière la fermeté du texte, se dessine un défi de taille : faire entrer les mentalités et les pratiques dans l’ère du « zéro plastique », alors que les réflexes de consommation et les intérêts économiques ont la vie dure.
Rendu public à la télévision nationale par Faya François Bourouno, ministre et porte-parole du gouvernement, l’arrêté conjoint signé le 10 septembre 2026 par plusieurs ministères (Environnement, Industrie et Commerce, Finances, Administration du territoire, Défense nationale) encadre toute la chaîne : importation, production, commercialisation, utilisation et valorisation des déchets.
Les mesures clés incluent une date butoir fixée au 20 septembre 2026 pour la mise en conformité des unités industrielles produisant des emballages plastiques à usage unique, sans aucune prorogation possible. La fin de la période de tolérance pour l’écoulement des anciens stocks depuis le 20 mars 2025. Un délai de grâce de six mois pour régulariser la situation administrative des opérateurs, avec un récépissé de dépôt de dossier comme justificatif provisoire. Une traçabilité renforcée via des certificats de conformité et attestations de destination pour toute importation, sous contrôle des douanes et de l’Office National de Contrôle de Qualité. Un arsenal répressif : saisie des marchandises, retrait de certificats, fermeture d’établissements, amendes payables sous sept jours, doublées en cas de récidive, et poursuites pénales en cas de falsification. La création d’un Comité National de Valorisation des Déchets Plastiques chargé, entre autres, de fixer annuellement un prix de référence pour le rachat des déchets plastiques afin de stimuler le recyclage.
Si le texte est clair et ambitieux, son application se heurte à plusieurs réalités. Les producteurs d’eau en sachet, regroupés au sein de l’UPEMGUI, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux modalités d’application, appelant à une transition progressive pour préserver investissements et emplois. Les sachets plastiques restent omniprésents dans le quotidien des Guinéens, notamment pour le transport de denrées alimentaires, vêtements ou légumes, rendant leur substitution complexe. Bien que des contrôles conjoints aient déjà conduit à des saisies de stocks illégaux et au blocage de conteneurs au port de Conakry, leur intensification à partir de septembre 2026 sera cruciale pour faire respecter l’interdiction. Malgré des initiatives comme le partenariat entre SIMEX Sarl et la Fédération Nationale des Artisans de Guinée pour promouvoir les emballages biodégradables, les alternatives restent insuffisamment développées pour remplacer massivement le plastique.
Pour accompagner cette transition, le gouvernement a prévu un plan de contingence de six mois, incluant une campagne de communication stratégique menée conjointement par le ministère de l’Environnement et les opérateurs du secteur.
Parallèlement, l’administration publique doit donner l’exemple : dès le 21 septembre 2026, les sachets plastiques seront totalement bannis de tous les services publics.
Au-delà de la simple application d’un décret, c’est toute une culture de consommation et de production qui est appelée à évoluer. La réussite de cette politique environnementale dépendra de la capacité des autorités à conjuguer fermeté réglementaire, accompagnement économique et changement des mentalités. La Guinée a pris ses responsabilités face à l’urgence écologique. Reste à savoir si les vieilles habitudes auront, elles aussi, fait leur temps.
A-Tchol pour Billetdujour.com




































