La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution du crâne de Bokar Biro, dernier Almamy du Fouta-Djalon, ainsi que ceux de trois de ses proches, a annoncé le ministre guinéen de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Moussa Moïse Sidibé, lors d’une intervention relayée sur les ondes de RFI. Cet appel, qualifié de geste symbolique fort, marque une nouvelle étape dans le mouvement croissant des pays africains réclamant la restitution de restes humains et d’objets culturels pillés pendant la période coloniale.

Bokar Biro occupe une place majeure dans la mémoire collective guinéenne. Chef politique et religieux, il fut le dernier Almamy d’un État théocratique influent du Fouta-Djalon, figure de résistance et symbole d’une souveraineté ancienne. La demande officielle de Conakry vise à rapatrier non seulement les restes matériels, mais aussi à réparer une blessure historique et à restaurer la dignité des populations concernées.

L’initiative guinéenne s’inscrit dans un mouvement continental. Bénin et Côte d’Ivoire ont récemment obtenu des avancées vers la restitution d’objets et de restes humains conservés dans des musées et institutions européennes. Ces démarches, souvent longues et complexes, réactivent le débat sur la mémoire, la justice historique et la responsabilité des institutions patrimoniales occidentales.

Rappel : la Guinée avait déjà, il y a quelques mois, formulé une demande concernant les documents personnels de Samory Touré, le grand résistant à la colonisation française, décapité en 1898, certains de ses effets et restes ayant été emportés en France. Ces précédentes démarches montrent la détermination des autorités culturelles guinéennes à récupérer les traces tangibles d’une histoire trop longtemps détournée.

La réaction de la société civile et des citoyens guinéens a été majoritairement favorable. Beaucoup saluent la démarche du gouvernement et appellent à poursuivre sur cette lancée pour obtenir la restitution d’autres pièces dispersées hors du continent. Les voix populaires insistent également sur la nécessité de ne pas s’arrêter aux objets matériels : « des objets immatériels », comme les archives, les récits oraux et les savoir-faire culturels, restent encore souvent enfermés dans des institutions occidentales, et leur restitution intellectuelle et symbolique est tout aussi cruciale.

Côté français et muséal, la question reste délicate. Les institutions détentrices invoquent parfois des procédures juridiques, des raisons scientifiques ou des considérations administratives qui rallongent les délais. Néanmoins, la pression diplomatique et médiatique accrue pousse à des réponses et à des négociations plus transparentes.

En réclamant officiellement les crânes de Bokar Biro et de trois de ses proches, la Guinée cherche à impulser une dynamique de réparation et de réappropriation mémorielle. Au-delà d’un simple rapatriement d’ossements, il s’agit d’un acte politique et symbolique visant à rebâtir une histoire nationale assumée et restituée à son peuple.

La suite dépendra des discussions diplomatiques entre Conakry et Paris, et de la volonté des institutions françaises de s’engager dans une démarche de restitution globale, matérielle et symbolique.

Pour beaucoup en Guinée, cette demande est une étape indispensable : « rendre les morts à leurs terres, c’est rendre à la Nation son histoire », commente un historien local.

Sion Tônkô pour Billetdujour.com