Ce vendredi à Kissosso Keitayah, le Centre de formation professionnelle « Saran Couture » a vibré au rythme de deux événements majeurs : une formation sur la discipline au travail et la remise d’attestation à Mademoiselle Denise Kalivogui, désormais diplômée en couture. Fondé en 1993, ce centre dédié à la couture, à la retouche et à la formation professionnelle s’impose comme un pilier de l’émancipation féminine en Guinée.
 Une formation axée sur la rigueur et la réussite
Soumaoro Benjamin, coordinateur et responsable de la communication du centre, a ouvert les interventions en soulignant l’importance du thème choisi : « De la discipline à l’excellence ». Pour lui, encadrer les apprenants est un défi quotidien :  « Nous avons organisé cette formation pour impacter nos élèves. La discipline est la clé de la réussite. »
Le centre accueille des femmes mariées ayant interrompu leur parcours professionnel, ainsi que des jeunes filles n’ayant pas poursuivi leurs études mais passionnées par la couture.   « Même sans jamais avoir touché une machine, en moins d’un an, nos élèves peuvent se dire stylistes », affirme M. Soumaoro.
Une œuvre familiale devenue pilier de formation
Mme Kaba Sarata Kondé, directrice générale du Centre de formation professionnelle Saran Couture, a rappelé l’origine de Saran Couture, fondé en 1993 par sa défunte mère :   « Je suis née dans la couture, mais je n’ai pas eu la chance de la pratiquer. Depuis 2021, je poursuis l’œuvre de ma mère avec une équipe dévouée. »
Elle a insisté sur le rôle de la discipline dans tout métier :  « Pour exceller, il faut être discipliné. C’est pourquoi nous avons couplé cette remise d’attestation avec une formation en développement personnel. »
Le centre a déjà formé 15 promotions, dont certaines diplômées travaillent à l’étranger.  « C’est une fierté de voir nos filles devenir autonomes », ajoute-t-elle.
 Un appel aux autorités pour soutenir l’émancipation
Malgré ses succès, le centre fait face à des défis : manque de matériel technique, locaux exigus, forte demande.  « Nous évoluons sur fonds propres depuis 1993. Nous tendons la main aux autorités pour nous accompagner », plaide Mme Kondé.
Avec 135 élèves, certains n’ont pas encore accès aux machines et travaillent sur des cahiers de dessin.   « Nous faisons avec les moyens du bord », confie-t-elle.
 La discipline, fondement du métier
Le formateur Lévi Mathieu Milimono a détaillé les multiples facettes de la discipline :   « Sans discipline, on ne devient personne. Elle concerne le respect des clients, des programmes, des modèles, et même des machines. »
Il a insisté sur l’entretien du matériel et la rigueur dans les ateliers :   « La discipline est la base d’un bon résultat. Aujourd’hui,  Denise reçoit son attestation de fin de formation parce qu’elle a été disciplinée sur toutes les lignes. Ce que certaines portent est fait à base de papiers et ça été coupé et monté par elle.  Si elle a la facilité avec le papier, avec les pagnes, c’est plus facile. Félicitation à elle.»
 Témoignage d’une élève passionnée
Teninké Keita, élève du centre, a partagé son expérience avec émotion :   « Depuis que je suis ici, je ne fais qu’améliorer mes performances. La discipline est une règle ici. Mon rêve est de devenir une grande maîtresse. »
Elle encourage les jeunes filles à embrasser ce métier :   « Si tu n’as pas étudié, ni de métier, tu ne vaux rien. Mais avec la couture, tu peux devenir quelqu’un. »
L’initiative de Saran Couture illustre avec force que la couture est bien plus qu’un art : c’est un outil d’émancipation, de dignité et d’indépendance. Dans un contexte où l’accès à l’éducation et à l’emploi reste limité pour certaines femmes, apprendre à coudre devient une voie vers la liberté économique et sociale. Le témoignage de Teninké Keita en est la preuve vivante : la passion, la discipline et l’encadrement peuvent transformer une vocation en profession.
Mais pour que cette transformation soit durable, il est urgent que les autorités soutiennent ces centres qui œuvrent, souvent dans l’ombre, à bâtir une société plus équitable. Car autonomiser une femme, c’est autonomiser une famille, une communauté, un pays.
Mouctar Kalan Diallo