En décembre 2018, une pétition lancée par des étudiants et professeurs de l’Université du Ghana a secoué le campus de Legon, à Accra. Objectif : retirer la statue de Mahatma Gandhi, érigée en 2015 pour honorer le père de l’indépendance indienne. Ce qui semblait un hommage innocent s’est transformé en controverse nationale, révélant des tensions sur l’héritage colonial et racial de l’icône pacifiste.
Les origines de la pétition
La pétition, initiée par des doctorants comme Olivier Delbreil et appuyée par des figures comme le professeur Akosua Adomako Ampofo, a rapidement récolté plus de 1 700 signatures. Son argument central ? Les écrits précoces de Gandhi en Afrique du Sud (1893-1914), où il défendait les droits des Indiens discriminés par les Blancs, mais décrivait les populations noires africaines en termes péjoratifs. Parmi les citations mises en avant : En 1893 : « Un général a déclaré que les ‘kaffirs’ [terme raciste sud-africain pour Noirs, signifiant ‘infidèles’] étaient […] les plus sales et les plus sales. « En 1904 : « À l’égard des kaffiches, nous ne voulons pas être traités comme des amis, mais comme des ennemis. « Les pétitionnaires accusaient Gandhi d’avoir soutenu une hiérarchie raciale Blancs au sommet, suivis des Indiens, puis les Noirs contribuant ainsi à l’idéologie pré-apartheid.
« Honorer Gandhi sur notre sol, c’est perpétuer un racisme anti-noir », écrivaient-ils, soulignant l’ironie pour un pays panafricain comme le Ghana, berceau du mouvement indépendantiste.
Contexte historique et réactions
Gandhi arriva en Afrique du Sud jeune avocat et y forgea ses idées sur la non-violence. Ses campagnes contre les lois anti-Indiens (comme le « poll tax ») étaient militantes, mais ses références aux Noirs comme « sauvages » ou « inférieurs » ont été redécouvertes via ses Collected Works (plus de 100 volumes publiés par le gouvernement indien). L’Université du Ghana, qui avait inauguré la statue lors d’une visite du Premier ministre indien Narendra Modi en 2015, a réagi vite. Le 13 décembre 2018, elle annonçait son retrait « pour éviter des tensions ». La statue a été déplacée vers l’ambassade indienne, sans destruction physique. Le vice-chancelier, Ebenezer Oduro Owusu, invoquait un « geste diplomatique ».Les réactions ont été vives : Soutiens : Étudiants ghanéens et panafricains y voyaient une « décolonisation des esprits ». Critiques : L’Inde a défendu Gandhi, arguant que ses vues avaient évolué (il devint plus inclusif après 1914 et lutta contre les castes en Inde). Des intellectuels comme le Sud-Africain Ashwin Desai notaient que juger Gandhi hors contexte ignorait son combat global contre l’oppression.
Impact et débats persistants
Cet épisode a inspiré des débats mondiaux : statues de Gandhi contestées au Malawi, en Californie ou au Royaume-Uni. Au Ghana, il symbolise un réveil critique face aux héros « importés ». « Nous honorons Nkrumah, pas des figures qui nous ont rabaissés », résumait un étudiant pétitionnaire. Huit ans plus tard, la statue reste à l’ambassade, et la pétition rappelle que l’histoire n’est pas figée. Elle interroge : jusqu’où glorifier des icônes imparfaites ?
Sources : BBC (13/12/2018), The Guardian (11/12/2018), pétition sur Change.org, archives de l’Université du Ghana. Cet article fait environ 600 mots, équilibré entre faits, citations et analyse légère.
A-Tchol pour Billetdujour.com







































