L’étude actualisée en 2012 par la Direction nationale de l’hydraulique du département de l’Energie, de l’hydraulique et des hydrocarbures indique que le territoire guinéen a un réseau hydrographique très dense de près de 1165 cours d’eau. Ce qui fait de lui, le pays le plus arrosé de l’Afrique de l’Ouest. Un atout hydraulique que les régimes passés ont tenté de mettre en œuvre pour résoudre la problématique du manque d’énergie électrique dans le pays. Les deux dernières décennies, trois barrages ont été construits: Garafiri, Kaléta et Souapiti sur le fleuve Konkouré dans la région de Kindia. Si l’initiative est salutaire, il n’en demeure pas moins que l’approche jusque-là utilisée par les différents gouvernements et leurs différents partenaires techniques et financiers laisse à désirer.
Lesdits projets ont causé d’énormes dégâts non seulement à l’environnement, à la biodiversité, mais aussi et surtout aux communautés qui vivent le long du fleuve desdits barrages, ce depuis les cérémonies d’inauguration de ces infrastructures de l’énergie: Kaléta en 2015 et Souapiti en 2019.
Ousmane Sylla fait partie des familles qui ont été déplacées de la localité de Bangouya, préfecture de Kindia: « Depuis qu’ils nous ont fait quitter sur les terres de nos ancêtres, nous sommes exposés à toutes sortes de calamités. Toutes les promesses que l’Etat guinéen et ses partenaires ont tenues devant avant le démarrage des travaux de construction du barrage de Souapiti, aucune n’a été respectée. Maisons, mosquées, écoles, cimetières, tout ce qui est lié à l’être humain, on a tout laissé », a précisé le sinistré du barrage de Souapiti.
Selon le Rapport de Human Rights Watch de 2020, plus de 16 000 personnes ont été déplacées par le barrage, 550 000 arbres fruitiers engloutis par les eaux sur une étendue de 250 kilomètres carrés.
Une situation que le Centre du commerce international pour le développement, (CECIDE), une ONG de la place ne voudrait pas voir se reproduire dans une autre localité du pays. Déjà, elle s’active sur le terrain, afin que le projet de construction d’une autre centrale hydroélectrique de 294 mégawatts (Koukoutamba) ne porte pas préjudice aux communautés riveraines dudit projet, situé dans la région de la Moyenne Guinée, précisément dans la préfecture de Tougué. Le Sinohydro, une société d’ingénierie et de construction hydroélectrique détenue par l’Etat chinois a remporté le contrat, pour un coût de 812 millions de dollars américain et sera financé par l’Exim bank of china.
Ainsi, pour étaler son programme de veille communautaire, le CECIDE a organisé un atelier de renforcement de capacités sur le développement durable, le mardi 24 octobre 2023 à l’intention des communautés touchées par la construction du barrage de Koukoutamba, des acteurs de la société civile et des médias.
Josh Kleine, co-directeur exécutif de l’International Rivers, a été l’un des formateurs : « Contrairement dans certains pays de la sous-région, en Guinée, il y a plein d’eau. Et donc, il faut s’assurer que le gouvernement va toujours prioriser la construction de barrages pour l’énergie électrique. Comme vous le savez bien, le barrage de Kaléta, ce n’est pas une grande retenue d’eau, comme celui de Souapiti, où les droits de l’homme ne sont pas respectés. Pour ce faire, il faut faire de telle sorte que les droits de l’homme soient préservés. Préparez-vous pour les prochains projets de constructions de barrages électriques », a prévenu l’expert de l’ONG l’International Rivers.
A la suite du renforcement de capacités des communautés riveraines, l’équipe projet de CECIDE s’était rendue à Dogomet, une localité de la préfecture de Dabola et Tegueraya dans Mamou du 14 au 20 novembre 2023, afin de pouvoir prendre contact avec les populations des nouveaux villages identifiés comme cible de documentation et de sensibilisation par le projet dans la zone du Parc national moyen Bafing. « La mission a pour but d’informer les localités déjà visités auparavant sur les activités réalisées par le CECIDE depuis la dernière visite de terrain au mois de février 2023. Egalement, les informer sur la suspension de la Guinée aux activités de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, (OMVS) et ses répercussions. Ils ont été aussi informés de la session de l’OMVS tenue à Conakry le 14 novembre 2023 sur le retour de la Guinée à l’OMVS et la relance de la mobilisation des fonds pour la construction du barrage Koukoutamba. Enfin, les communautés ont été informées sur l’organisation prochaine d’un forum communautaire sur les impacts potentiel du barrage Koukoutamba », a confié le directeur des programmes de CECIDE, Mohamed Fofana.
A l’en croire, ladite visite de terrain a permis de créer une union des impactés du barrage de Koukoutamba: « les localités de Wamberé, Sarifoula Bafing, Sita et Kabala. Toutes les communautés à l’unanimité ont accepté le principe de création d’une union des impactés de Teguereya, dans la préfecture de Mamou, Dogomet dans la préfecture de Dabola, et Kalinko dans celle de Dinguiraye. Et ces communautés se disent ne reconnaitre que les points focaux du CECIDE comme guide dans la défense de leurs droits face à ce projet qui impactera négativement sur leur vie», a indiqué Mohamed Fofana.
Dans le souci d’évaluer l’impact environnemental et social par rapport au projet de construction du barrage de Koukoutamba, le ministère de l’Environnement et de développement durable, à travers l’Agence guinéenne pour l’évaluation environnementale, (AGEE), a commandité une étude qui a été réalisé par la Commission néerlandaise d’évaluation environnementale, (CNEE). Le 13 décembre 2022, la CNEE a rendu public un Rapport de 54 pages intitulé : Avis sur les plans d’action de réinstallation/Etude d’impact environnemental et social pour le barrage de Koukoutamba et ses infrastructures annexes – Guinée.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Rapport de la CNEE a notifié plusieurs lacunes. Au niveau de l’un des grands titres dudit Rapport: Observations sur l’Etude d’impact environnemental et social, la CNEE a souligné des informations lacunaires ou insuffisantes, notamment sur plusieurs données de base pour l’évaluation environnementale et sociale des impacts du barrage et ses infrastructures annexes: la biodiversité, la fragmentation de l’espace et des écosystèmes, saisonnalité (saison des pluies et sèche), le nombre de chimpanzés dans la zone concerné par le projet.
La CNEE a également entre autres constaté des insuffisances notoires au niveau des aspects de fonciers, l’enquête socio-économique des ménages, la prise en compte de la vulnérabilité dans l’enquête socio-économique, du genre, des jeunes…
Il convient rappeler que cette partie de la Guinée, constitue un foyer de conservation de la population de chimpanzés d’Afrique de l’ouest. Selon une étude menée par la Wild Chimpanzee Foundation (WCF) de 2012, 17 000 chimpanzés vivent dans cette zone concernée par le projet de construction du barrage Koukoutamba. En septembre 2016, cette population de chimpanzés a été classée en danger critique sur la liste rouge des espèces menacées par l’UICN (Plan d’Action Régional pour la Conservation des Chimpanzés d’Afrique de l’Ouest).
Raison pour laquelle, la société civile guinéenne propose des solutions alternatives et qui ne demandent pas des coûts exorbitants dit-on. « C’est pour cette raison que nous formulons des propositions à l’intention des autorités guinéennes, pour qu’ils considèrent les options de développement durable telle que l’énergie photovoltaïque», a fait savoir Ibrahima Kalil Bamba, responsable du Programme gouvernance au CECIDE.
Nous avons cherché à savoir, plus de 12 mois après la publication du Rapport d’étude d’impact environnemental et social sur le projet de construction de la centrale hydroélectrique de Koukoutamba au niveau de l’Agence guinéenne pour l’évaluation environnemental. Mais notre requête a été sans suite.
Vivement que l’Etat guinéen réfléchisse à trouver d’autres alternatives, notamment l’énergie photovoltaïque, qui est moins coûteux avec moins d’inconvénients au sein de la population, mais également de l’écosystème.
Images CECIDE, Prise de contact avec les membres de l’Union des impactés du Projet de construction de la centrale hydroélectrique de Koukoutamba.
Richard Tamoné pour Billetdujour.com








































