Le Mali est en proie à une nouvelle crise sécuritaire de grande ampleur après une série d’attaques jihadistes coordonnées, en avril 2026, sur plusieurs villes stratégiques du pays, dont Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Ces assauts ont été revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), structure affiliée à Al‑Qaïda, en alliance tactique avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement touareg sécessionniste. Pour la première fois, ces deux acteurs, jusqu’alors rivaux, apparaissent unis pour affaiblir l’armée malienne et les forces de sécurité de la junte au pouvoir.

Ces attaques mettent en lumière les limites, voire l’échec relatif de la stratégie sécuritaire de la junte, malgré l’usage de mercenaires russes et la militarisation de la transition. Le pays reste englué dans une double crise politique et sécuritaire : la lutte contre les jihadistes se traduit par des revers militaires, des pertes humaines importantes dont la mort du ministre de la Défense et la perte effective de contrôle de zones clés comme Kidal. Des quartiers entiers de Bamako ont été la cible de tirs, faisant pénétrer la guerre dans le cœur de la capitale.

La société civile réclame le dialogue politique

Dans ce tourbillon de violences, la société civile malienne appelle à une sortie de crise par le dialogue politique inclusif, plutôt que la poursuite aveugle d’une militarisation du conflit. À la tête de ce courant, l’imam Mahmoud Dicko, figure charismatique du Haut Conseil islamique malien et ancien président de la Coalition des forces pour la République (CFR), tire la sonnette d’alarme. Il plaide pour un large rassemblement de la population autour d’un consensus national afin de sortir du cycle de coups d’État, de violences et de répression qui gangrène la vie politique malienne depuis plusieurs années.

En exil en Algérie depuis 2023, Dicko reste un relais influent auprès de larges pans de la population, notamment dans les milieux religieux et ruraux. Il défend une république pluraliste, un dialogue intermalien incluant la société civile, les partis politiques et, selon ses déclarations, certains groupes armés, afin de préparer une sortie de crise durable. Ce discours contraste fortement avec la ligne dure de la junte, qui stigmatise toute opposition comme complice des « ennemis de la nation » et multiplie les fermetures de partis, les arrestations et les restrictions sur les médias.

Le silence lourd de la junte Assimi Goïta

Une des caractéristiques marquantes de cette phase de crise est le silence de la junte. Le président de transition, le général Assimi Goïta, n’a pas prononcé de discours public ni commenté officiellement les attaques, alors même que la situation est devenue critique autour de la capitale. Des sources sécuritaires indiquent qu’il aurait été exfiltré de Kati pour raisons de sécurité, mais l’absence de communication présidentielle alimente un sentiment d’incertitude et de vide de leadership.

Ce mutisme s’inscrit dans une tendance plus large : depuis plusieurs mois, le régime peine à proposer une stratégie politique claire, comptant davantage sur des discours antifrançais et sécuritaires que sur des propositions de sortie de transition. Les restrictions sur les libertés publiques, la dissolution de formations politiques et la mainmise sur les médias renforcent la méfiance de la population et fragilisent tout projet de mobilisation nationale autour d’un objectif commun.

Quelle sortie de crise pour le Mali ?

Aujourd’hui, la situation malienne se résume à une contradiction criante : d’un côté, la junte s’arroge le monopole de la sécurité et de la souveraineté ; de l’autre, elle ne parvient ni à écraser les jihadistes, ni à stabiliser le pays politiquement. Les appels de la société civile, relayés par des figures comme l’imam Dicko, pointent vers une nécessité : une conférence nationale inclusive, réunissant forces armées, société civile, partis politiques, autorités religieuses et, dans une certaine mesure, des acteurs de la crise du nord, pour élaborer un calendrier crédible vers des élections libres et une profonde réforme de l’État.

En l’absence d’un tel cadre et face au silence prolongé de la junte deux risques majeurs se dessinent : d’abord, une escalade sécuritaire avec multiplication des attaques jihadistes et une fragmentation territoriale accrue, ensuite une fissure politique profonde entre la junte, la société civile et la population, nourrissant méfiance, désespoir et potentiellement de nouvelles mobilisations sociales hostiles au régime. Dans cette conjoncture explosive, le Mali attend toujours un message clair et une direction politique crédible, que ni la force des armes ni le mutisme de la junte n’ont encore su donner.

A-Tchol pour Billetdujour.com