La Guinée vient de franchir une étape majeure dans la gouvernance de sa santé publique. À l’origine de ce tournant figure la tenue d’un atelier de présentation et de validation des résultats de la sixième Enquête Démographique et de Santé (EDS‑VI), réalisée en 2024–2025. Les travaux de cette rencontre ont été officiellement lancés le mardi 5 mai à Conakry, marquant un jalon décisif pour la planification des politiques nationales.
L’EDS‑VI, qui s’inscrit dans la lignée des enquêtes de 1992, 1999, 2005, 2012 et 2018, a pour objectif de fournir au gouvernement et aux partenaires au développement des données fiables, actualisées et comparables dans le temps sur la santé de la population, en particulier des femmes et des enfants.
Un outil stratégique au cœur du Plan Simandou 2040
Les résultats de cette enquête sont adossés au suivi de la mise en œuvre des programmes nationaux et aux engagements internationaux de développement, notamment les Objectifs de Développement Durables (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.
Pour le gouvernement, ces données constituent un miroir fiable de la réalité démographique et sanitaire du pays, indispensable pour ajuster les priorités du Programme de Développement Socio‑Économique (Simandou 2040), dont le cinquième pilier tourne autour du bien‑être et de la santé.
Dans son intervention, le Secrétaire Général du Ministère du Plan, de la coopération internationale et du développement, Kabèlè Soumah a souligné que sans données précises, aucune ambition de développement ne tient. La 6ᵉ EDS, financée notamment avec l’appui de la Banque mondiale, de l’OMS, de Gavi et d’autres partenaires, permet de planifier les infrastructures de santé, d’éducation et de protection sociale en fonction des besoins réels des populations les plus vulnérables.
L’INS, gardien des chiffres du pays
Dr. Makan Doumbouya, Directeur Général de l’Institut National de la Statistique (INS), a rappelé que l’enquête a été menée dans le cadre d’une rigoureuse méthodologie internationale, avec plusieurs étapes successives : conception du questionnaire, recrutement et formation des enquêteurs, enquête pilote, collecte de données sur l’ensemble du territoire et traitement informatique.
Les équipes de l’INS ont dépouillé des milliers de ménages dans les zones urbaines comme rurales, portant un regard particulier sur la fécondité, la mortalité, la nutrition, la santé maternelle et infantile, l’accès aux services de santé et au planning familial.
Pour le Directeur Général, cette EDS‑VI est un outil central d’aide à la décision, mais aussi un instrument de suivi des engagements nationaux et internationaux. Elle permet d’identifier les progrès réalisés depuis 2018, mais aussi les zones d’ombre où les inégalités persistent ou s’aggravent, notamment en matière de santé maternelle, de vaccination ou d’accès aux soins de qualité.
La santé publique sous la loupe
Le Secrétaire Général du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, Dr. Mory Kéïta, a insisté sur le fait que l’EDS constitue une boussole scientifique pour l’action publique.
Depuis la dernière enquête, la Guinée s’est engagée dans des réformes structurelles : modernisation des structures de santé, digitalisation du système, renforcement des services de santé communautaire et mise en œuvre progressive de la couverture sanitaire universelle.
Les résultats provisoires de l’EDS‑VI permettent de mesurer l’impact réel de ces politiques, notamment en matière de santé maternelle et néonatale, de nutrition, de réduction de la mortalité infantile et de réduction des inégalités d’accès aux soins entre les zones urbaines et rurales.
Dr. Kéïta a invité les experts à faire une analyse sans complaisance : « Ne vous laissez pas séduire par les chiffres, regardez plutôt les réalités humaines qu’ils cachent. » Pour lui, les indicateurs doivent se transformer en décisions concrètes, puis en résultats tangibles pour la population, en particulier les femmes et les enfants.
Un exercice de gouvernance moderne
La validation technique des résultats, organisée sur deux jours, a réuni des représentants des ministères sectoriels, des institutions spécialisées, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
L’objectif de cette rencontre était de consolider la cohérence des données, de limiter les biais possibles et de garantir que les résultats servent de socle fiable à l’élaboration des futurs documents stratégiques nationaux, tels que les plans de santé, les programmes de protection sociale et les cadres de financement des partenaires.
Pour le ministère du Plan, ces données constituent une nécessité, pas une option. Elles permettent de cibler les investissements publics, de réduire les inégalités territoriales, d’affiner les priorités de budgétisation et de mieux suivre le capital humain dans le cadre de la transformation économique du pays.
Une Afrique qui compte sur ses chiffres
À l’échelle africaine, la Guinée s’inscrit dans une dynamique de pays qui veulent “gouverner par les données”. L’EDS‑VI s’aligne avec les orientations de la Commission de l’Union africaine et de plusieurs agences onusiennes, qui appellent les États à renforcer leurs systèmes statistiques nationaux et à mieux intégrer la dimension démographique dans la planification du développement.
Au‑delà des chiffres, l’enquête met en lumière des vérités humaines : la taille des ménages, la durée de la scolarité, la prévalence des maladies, l’accès aux services de santé, la qualité des soins reçus. Ces informations, une fois validées, serviront aux décideurs pour réduire la mortalité maternelle, améliorer la nutrition des enfants, renforcer la rétention des soignants et accroître la résilience sanitaire du pays face aux crises.
La présentation de l’EDS‑VI marque donc une étape clé dans la trajectoire de la Guinée vers une gouvernance plus éclairée, plus inclusive et plus fondée sur les preuves.
Richard TAMONÉ, pour Billetdujour.com









































