Un décret présidentiel signé par le Général Mamadi Doumbouya interdit, à compter du 20 septembre 2026, la production, l’importation et la commercialisation des emballages plastiques à usage unique en Guinée, visant notamment les sachets d’eau. Si la mesure répond à une urgence environnementale, elle menace directement des milliers d’emplois dans un secteur où la grande majorité des unités ne disposent que d’installations primaires capables de produire… des sachets.

Le texte interdit les plastiques à usage unique sur tout le territoire national et fixe au 20 septembre 2026 la date butoir pour cesser toute production et commercialisation d’eau en sachet plastique. L’Union des Producteurs d’Eaux Minérales de Guinée (UPEMGUI), par la voix de son président Souleymane Fofana, a appelé ses membres à écouler leurs stocks avant cette date et à suspendre toute activité liée aux sachets à partir du 20 septembre, « jusqu’à nouvel ordre ».

Le problème de fond, souligné par les acteurs du secteur, est structurel : la grande majorité des petites unités de production d’eau en sachet n’ont que des lignes primaires, conçues uniquement pour le sachet. Seules quelques-unes disposent d’équipements leur permettant de produire à la fois des sachets et des bidons/bouteilles, et donc de pivoter plus facilement. Résultat : l’interdiction risque de provoquer la fermeture pure et simple de nombreuses micro-usines, avec des licenciements en cascade dans un secteur qui emploie beaucoup de jeunes, de la production à la distribution.

Souleymane Fofana, président de l’UPEMGUI, reconnaît la nécessité de protéger l’environnement face à la pollution plastique (cours d’eau, canalisations, cadre de vie). Mais il insiste sur le fait qu’une transition mal préparée fragilise les entreprises et menace des emplois. L’organisation dit ne pas être dans une logique de confrontation avec l’État et propose plutôt une collaboration autour de l’économie circulaire : valorisation économique des déchets plastiques, traitement du plastique comme matière première, et développement de PME de recyclage (collecte, tri, broyage, lavage, transformation).

Spécialisation extrême : la plupart des petites unités ne savent faire que du sachet ; sans reconversion d’équipement, leur activité devient illégale du jour au lendemain.
Peu d’alternatives immédiates : passer à la bouteille/bidon suppose des investissements (machines, moules, qualité, distribution) que beaucoup ne peuvent pas absorber rapidement.

Effet domino : la fermeture des unités touche aussi les distributeurs, revendeurs, livreurs et petits commerçants qui dépendent de ce produit très populaire et abordable.
Le dilemme : environnement vs survie économique locale
D’un côté, l’État veut enrayer la prolifération des déchets plastiques et impose une date ferme. De l’autre, le secteur de l’eau en sachet reste, malgré sa pollution, un pourvoyeur massif d’emplois pour des jeunes qui risquent de se retrouver au chômage sans plan de reconversion industriel ni accompagnement financier. La question qui se pose désormais est celle d’une transition accompagnée : crédits pour moderniser les lignes, incitations au recyclage, et programmes d’insertion pour les travailleurs des unités condamnées à fermer.

A-Tchol pour Billetdujour.com