Deux anciens commis de l’État, un, du régime Alpha Condé et l’autre de l’actuel régime ont défilé ce mercredi devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Albert Damantang Camara, ex-ministre de la Sécurité et de la Protection civile, et Badra Koné, ancien président de la délégation spéciale de Matam, affrontent des accusations explosives : détournement de deniers publics, corruption, blanchiment de capitaux et enrichissement illicite. Mais à la barre, leurs stratégies divergent comme le jour et la nuit.
Albert Damantang Camara, poursuivi pour des montants pharaoniques dépassant 222 milliards de francs guinéens plus 17 milliards supplémentaires, n’a pas fait dans la dentelle. Interrogé par le juge, l’ancien ministre a balayé d’un revers de main les faits qui lui sont reprochés. « Je ne reconnais rien », a-t-il sèchement déclaré. Les débats n’ont pas eu le temps de s’enflammer : la défense a immédiatement réclamé un renvoi pour peaufiner sa stratégie. Ni le ministère public ni la partie civile ne s’y sont opposés. L’affaire est fixée au 6 mai prochain pour la suite des hostilités.
De l’autre côté de la barre, Badra Koné, businessman chevronné reconverti en gestionnaire communal, a choisi l’offensive verbale. Durant ses 23 mois à la tête de Matam, assure-t-il, la commune n’a touché aucune subvention directe de l’État, se contentant du financement de « quatre grands projets » dont il tait les détails. Il vante ses revenus honnêtes : 11 millions GNF par mois en salaire, plus 300 millions annuels tirés de la vente de véhicules.
Question camions municipaux ? 70 000 euros déboursés pour l’un, un crédit allemand à 30 000 euros trimestriels pour l’autre, véhicule toujours cloué au sol, paiements en suspens. Sur sa société B&B BTP SARL, il jure avoir cédé ses 50% d’actions dans les deux semaines suivant sa prise de fonction, évitant tout conflit d’intérêts.
Son patrimoine ? Neuf parcelles à Maférinyah achetées 3 millions GNF pièce en 2011, deux comptes bancaires (120 millions à UBA, débiteur de 1,5 million à BSIC), et deux véhicules seulement. Mais le procureur spécial Charles Wright n’a pas avalé la pilule. Dès l’entame des débats sur la mise en liberté, il a démoli ces déclarations : « On lui demande combien de véhicules ? Il répond deux, alors qu’il en a des parkings entiers. Combien de maisons ? Une, alors qu’il en a beaucoup. C’est de la dissimulation pure ! » Le procès de Koné se poursuit, zones d’ombre intactes.
Ces deux affaires, miroirs d’une traque impitoyable par les maîtres des lieux contre les élites condéennes, opposent la dénégation stratégique du ministre Camara, protégeant peut-être des secrets plus lourds, à la loquacité risquée de Koné, qui s’expose à un retour de flamme judiciaire. Le 6 mai dira si l’ancien ministre avance, tandis que l’ex-maire de Matam pourrait voir sa détention se prolonger. La CRIEF serre la vis : qui craquera le premier ?
Backtumbla pour Billetdujour.com




































