En Guinée, la réforme de l’administration publique ressurgit une fois de plus comme un serpent de mer, promise et relancée par chaque chef de département qui se succède au ministère de la Fonction publique, sans jamais aboutir à une transformation profonde.
Des engagements répétés, des annonces tonitruantes, mais des résultats éphémères : voilà le refrain éternel d’un chantier qui traîne en longueur, minant la crédibilité de l’État.
Cette fois, le ministre de la Modernisation de l’administration et de la Fonction publique, Faya François Bourouno, tente de briser le cycle. Il y a à peine 72 heures, il a dévoilé des fraudes massives au sein du fichier administratif : 652 agents publics, résidant à l’étranger, continuaient de percevoir indûment leurs salaires. Suspension immédiate des rémunérations ordonnée, dans le cadre d’une vaste opération de contrôle des effectifs. Plus de 2 000 agents fictifs déjà identifiés et radiés, générant une économie budgétaire de 233 milliards de francs guinéens. Des chiffres impressionnants qui révèlent l’ampleur des saignées infligées aux finances publiques depuis des années.
Pourtant, ce scénario n’est pas nouveau. Combien de ministres avant Bourouno ont clamé la même volonté d’assainissement, de transparence et de rigueur ? Les pratiques frauduleuses, enracinées comme des mauvaises herbes, ont fragilisé l’appareil d’État, entaché sa crédibilité et alimenté l’impunité.
Au-delà de l’impact financier, ces réformes cosmétiques peinent à instiller une culture de redevabilité durable. Elles sonnent souvent comme un signal politique, plus qu’une mue profonde de la gouvernance.
L’élément décisif cette fois ?
L’ouverture d’une enquête préliminaire par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Pourra-t-elle trancher dans le vif, poursuivre les responsables et couper la tête de ce serpent de mer ?
Ou s’ajoutera-t-elle à la liste des initiatives judiciaires qui s’essoufflent ? Les autorités, via Bourouno et ses équipes, affirment poser les bases d’une administration méritocratique et performante. Les premiers résultats nourrissent un espoir prudent, mais le chantier reste immense. La CRIEF, par sa rigueur judiciaire, pourrait-elle enfin transformer l’essai, ou ce sera-t-il encore une énième illusion dans la longue saga des réformes guinéennes ?
A-Tchol pour Billetdujour.com





































