Ce mercredi 15 juillet, au retour d’un forum de l’Union africaine à Addis-Abeba, Mazougou Goépogui, PDG de Magoé Technologies, a rencontré la presse à l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry. Dans cet entretien, il revient sur sa participation à la rencontre consacrée à l’« éducation innovante en Afrique », sur l’expérience de Magoé et sur les perspectives d’expansion de la solution guinéenne.
Parlez-nous de votre voyage ?
J’étais en Éthiopie, précisément à Addis-Abeba, pour assister au sommet de l’Union africaine organisé par le département en charge de l’éducation, de la science, de la technologie et de l’innovation. Le sommet s’intitule « Éducation innovante en Afrique ». C’est une rencontre organisée chaque année par l’Union africaine afin d’identifier les innovations africaines susceptibles d’aider le système éducatif du continent à avancer davantage grâce au numérique.
Qu’est-ce qui a justifié l’invitation de Magoé ?
Déjà, Magoé a été lauréat en 2022. Cette année-là, Magoé a été nominé par l’Union africaine comme troisième meilleure application éducative du continent africain.
Et qu’est-ce qui a fait que cette année, on vous a particulièrement invités ?
Je pense même que vous l’avez constaté : en Guinée, il y a souvent des compétitions et des lauréats, mais rares sont ceux qui tiennent deux ans après. Beaucoup, dès qu’ils reçoivent les fonds, disparaissent un ou deux ans plus tard. Magoé fait partie des rares entreprises qui ont pu tenir au-delà de trois ans. C’est dans ce cadre que j’ai été invité à partager mon expérience avec d’autres innovateurs, pour voir comment faire passer une innovation de la phase pilote à la mise à l’échelle.
Comment ça s’est passé ? Qui a été invité ? Quelle a été votre contribution ?
Comme vous le savez, quand on parle de l’Union africaine, ce sont tous les pays d’Afrique. Il y avait donc des responsables, des innovateurs, des chercheurs et des décideurs liés au secteur de l’éducation. Pour ma part, j’ai été invité à expliquer comment Magoé est passé de la phase pilote à la mise à l’échelle, et comment l’entreprise a réussi à se démarquer parmi d’autres innovations qui sont souvent célébrées mais ne se poursuivent pas.
Dans mon intervention, j’ai insisté sur plusieurs éléments qui ont permis à Magoé de tenir. Le premier aspect, c’est la solution elle-même, Magoé Éducation. Pour qu’une innovation éducative soit efficace, elle doit d’abord être conçue en fonction des réalités locales. C’est la première condition. La deuxième, c’est de la concevoir avec les acteurs concernés. La plus grosse erreur des innovateurs, c’est souvent de s’asseoir dans leur bureau, de développer une solution, puis de la proposer au client. Nous, nous avons choisi le chemin inverse : aller vers les consommateurs finaux, échanger avec eux et construire la solution avec eux. C’est ce qui a vraiment permis à Magoé de tenir.
Aujourd’hui, quand je regarde les innovations que j’ai pu voir à travers le continent africain, je peux dire que Magoé est l’une des rares innovations qui est non seulement complète, mais qui prend aussi en compte les réalités du système éducatif, sur le plan pédagogique comme sur le plan administratif.
Le second aspect concerne le numérique, qui va forcément avec le matériel. Mais tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir cet équipement. Nous avons donc compris très tôt qu’il fallait casser cette barrière par des partenariats. C’est ce qui nous a amenés à travailler avec SP Group, qui fabrique des tablettes éducatives conçues spécifiquement pour le système éducatif. L’application est là, le matériel aussi, mais il faut encore la connexion. Et en Guinée, la connexion coûte cher et n’est pas toujours de bonne qualité. Donc, même si votre innovation est bonne, si vous ne tenez pas compte de ces dimensions, son adoption devient difficile.
À notre niveau, nous avons fait des partenariats avec Orange, qui a créé les passes Magoé Éducation. Nous avons aussi développé la version offlice de Magoé. Pour aller encore vers une adoption à grande échelle, nous avons également travaillé avec le service national de formation continue du personnel enseignant. Voilà quelques éléments qui ont permis à Magoé de passer de la phase pilote à la phase d’échelle. Nous avons échangé sur tout cela avec des collègues venus du Sénégal, du Maroc, du Nigéria, du Kenya et de plusieurs autres pays africains.
Quels sont les principaux enseignements à tirer de ce grand rendez-vous continental ?
Il faut se dire la vérité : en Afrique, il y a beaucoup d’innovateurs. Si l’on regardait vraiment ce que font les start-up et les innovateurs guinéens, la Guinée pourrait aujourd’hui être une référence sur le plan continental. Parce que même celui qui a remporté le premier prix n’a présenté qu’une portion d’un projet sur lequel l’équipe de Magoé travaille déjà, appelé SNAB. Cela montre que si l’on accompagne les innovateurs, on a du potentiel.
L’Afrique dispose aujourd’hui de tout ce qu’il faut pour rattraper le retard accumulé. Le numérique est une opportunité pour le continent, et il ne faudrait pas qu’on passe à côté.
Un mot sur les premiers retombés ?
La première chose, c’est que cela a renforcé la visibilité de la Guinée dans le domaine des technologies éducatives. Ensuite, cela confirme davantage la notoriété de Magoé sur la scène continentale. L’objectif était aussi de voir comment faire passer Magoé de la phase pilote à la mise à l’échelle, afin que la solution puisse aller au-delà des frontières guinéennes. Les contacts ont déjà été noués, et nous espérons que, dans un avenir proche, Magoé franchira les frontières guinéennes pour servir de modèle à d’autres entreprises du pays.
Le mot de la fin ?
Cette invitation vient confirmer davantage la notoriété de Magoé et renforcer sa maturité. Aujourd’hui, Magoé n’est plus un projet sur lequel on peut douter en se demandant s’il va marcher ou non : il a fait ses preuves. Nous estimons que c’est une solution capable d’aider réellement le système éducatif guinéen et de répondre à plusieurs des problèmes auxquels il est confronté.
Nous tendons donc la main aux ministères de l’Éducation pour leur dire que nous disposons d’un outil capable de les accompagner. Mais nous n’en serions pas là sans la confiance de nombreux Guinéens. Cette reconnaissance revient en grande partie aux écoles privées qui, dès le début, nous ont fait confiance. C’est grâce à elles que Magoé est arrivé à ce niveau. Je leur dis merci, ainsi qu’aux parents d’élèves…
Propos recueillis par A-Tchol pour Billetdujour.com






































