New York a vibré, mardi, d’une rare vague de critiques ouvertes contre Washington : lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies, plusieurs chefs d’État et de gouvernement ont dénoncé, parfois frontalement, souvent en filigrane, les manœuvres de l’administration Trump contre le multilatéralisme, ses coupes budgétaires et ses retraits en cascade d’organes onusiens.

Une tribune transformée en règlement de comptes

Alors que Donald Trump s’apprêtait à prendre la parole pour défendre sa ligne souverainiste, la tribune de l’ONU s’est muée en scène de contestation.  Le président américain a ouvert le feu en qualifiant l’organisation d’institution qui « ne résout pas les problèmes » et qui, selon lui, en « crée de nouveaux », avant d’interpeller les dirigeants présents : « Vos pays vont en enfer », a-t-il lancé, visant pêle-mêle politiques migratoires, transition énergétique et gestion des conflits.

Dans la salle, les réactions ont été visibles : rires nerveux, regards gênés, murmures dans les rangs, comme si chaque phrase était un nouveau coup porté à l’idée même de coopération internationale.

Des retraits, des coupes, une institution asphyxiée

Derrière les mots, il y a les actes. L’administration Trump a gelé une partie du financement américain de l’ONU, plongeant plusieurs programmes dans la tourmente.  Elle s’est retirée de dizaines d’organes et d’agences, dont l’Organisation mondiale de la santé et l’UNESCO, affaiblissant la capacité de l’organisation à agir sur les crises sanitaires, éducatives et humanitaires.

À cela s’ajoute une rhétorique répétée contre le multilatéralisme : l’an dernier déjà, Trump avait accusé l’ONU d’être incapable de mettre fin aux guerres, tout en s’attribuant le mérite d’en avoir « arrêté sept » en quelques mois, une affirmation jugée largement exagérée.

Des dirigeants qui ripostent, parfois frontalement

Face à cette offensive, plusieurs interventions de chefs d’État et de gouvernement ont sonné comme des réponses directes. Des leaders de pays alliés des États-Unis ont insisté sur la nécessité de « renforcer le multilatéralisme », de « restaurer la confiance » et de faire en sorte que l’ONU « apporte des résultats pour tous », thème officiel de cette session.

Sans toujours citer Trump nommément, ces discours ont implicitement rejeté sa vision d’un monde où chaque État agit seul, où les accords climatiques sont un « canular » et où l’immigration est présentée comme une menace existentielle pour l’Europe.  Certains ont rappelé que les défis actuels, guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, crise climatique, insécurité alimentaire, exigent plus de coopération, pas moins.

Une fracture qui dépasse l’hémicycle

La sortie des dirigeants à l’Assemblée générale ne s’est pas limitée à des phrases choc. Elle traduit une fracture plus profonde : d’un côté, une administration américaine qui instrumentalise l’ONU, la finance par intermittence et menace de nouveaux retraits ; de l’autre, une large majorité de pays qui tentent de sauver ce qui reste d’un ordre international fondé sur des règles communes.

Alors que le sommet se poursuit sur fond de guerres ouvertes et de tensions géopolitiques exacerbées, le message envoyé depuis la tribune new-yorkaise est clair : pour de nombreux dirigeants, les manœuvres de l’administration Trump ne sont plus seulement une divergence de politique étrangère, mais une menace directe pour la survie même du système onusien.

A-Tchol pour Billetdujour.com