La chicha est devenue une bombe à retardement sanitaire en Guinée. Malgré une interdiction officielle depuis janvier 2021, sa consommation explose, touchant jusqu’à 50% des lycéens dans certaines zones. Face à cette urgence, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya, a réquisitionné, le 21 septembre 2026, la gendarmerie, la police et les services spéciaux pour traquer importation, distribution et commercialisation de la chicha sur tout le territoire.

Cette réquisition, rendue publique le 1er octobre, ordonne l’identification des circuits, la saisie des produits et la transmission des procédures au parquet. Un signal fort, mais insuffisant si les autorités continuent de laisser entrer les matériels avant d’interdire leur circulation. « Laisser entrer la chicha pour ensuite interdire sa vente, c’est faire du théâtre, pas de la politique publique », dénonce un acteur de la société civile.

Le problème est clair : tant que les frontières restent poreuses et que les stocks saisis ne sont pas détruits publiquement, le marché noir prospérera. Pire, la chicha sert désormais de masque à des trafics de drogues plus lourds, alertent les forces de sécurité.

Pour éradiquer le phénomène, les autorités doivent agir sur quatre fronts :

Fermer hermétiquement les frontières aux importations de chicha, avec contrôles renforcés aux ports et aéroports ;

Appliquer la loi avec rigueur : sanctions pénales exemplaires, fermeture des « chicha lounges », destruction publique des stocks ;

Sensibiliser massivement dans les écoles, médias et réseaux sociaux sur les risques réels (cancers, dépendance, maladies infectieuses) ;

Accompagner les dépendants via des centres de sevrage et une formation des soignants.

La réquisition du procureur Doumbouya est un début, mais elle ne couvre que le ressort de Conakry et ne prévoit pas de mesures structurelles. Sans volonté politique soutenue, la lutte restera cosmétique pendant que la jeunesse guinéenne s’empoisonne.

Comme le disait le préfet de Siguiri en 2025 : « La santé de nos enfants vaut plus que des profits illicites ».  Il est temps que les actes suivent les mots.

A-Tchol pour Billetdujour.com