Le leader de la société civile sénégalaise, Alioune Tine, monte d’un cran dans la critique après les inondations meurtrières qui ont frappé Dakar et plusieurs régions du pays ce week-end. Pour lui, le «déluge à Dakar» n’est pas qu’une catastrophe météo : c’est le signal d’alarme d’un modèle territorial à bout de souffle.
Un constat sans concession : «Le changement climatique, on le vit»
Dans une déclaration relayée ce mardi 6 octobre, Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, lie directement les pluies diluviennes au changement climatique. «Le changement climatique n’est pas une abstraction, nous sommes en train de le vivre concrètement depuis une 30taine d’années. Il s’aggrave d’année en année et de régime en régime avec les mêmes discours et les mêmes impuissances», affirme-t-il.
Son propos intervient alors que le ministère de l’Intérieur fait état d’au moins cinq morts et de nombreux blessés après des cumuls dépassant localement 100 mm en 48 heures, avec des pointes à 142 mm en 24 heures à Rufisque et Ranérou.
«Dakar est une ville d’eau» : l’avertissement ignoré
Au cœur de sa prise de parole, une mise en garde géographique et urbanistique : «On ne peut construire partout, parce que Dakar est une ville d’eau, entourée d’eau avec aussi d’anciens cœurs d’eau et de nappe d’eau ». Pour Alioune Tine, la capitale envoie un «message élémentaire» que les décideurs refusent d’entendre : «Dakar est trop plein et n’en peut plus».
Sur le terrain, les faits semblent lui donner raison : à Mbao (72 mm), Yoff (66 mm), Guédiawaye, Keur Massar, Yeumbeul Sud ou encore aux Parcelles Assainies, les eaux ont envahi rues et habitations, rendu des axes impraticables et provoqué l’effondrement de murs, causant la mort d’une jeune mère de 25 ans et de son fils de 4 ans.
La proposition-choc : «Il faut absolument changer de capitale»
Face à ce qu’il décrit comme une impuissance chronique «de régime en régime», Alioune Tine formule une exigence radicale : «Il faut absolument changer de capitale». Il y ajoute un impératif de décentralisation : «Décentraliser le pouvoir, décentraliser les moyens humains et matériels. Tout se joue autour d’un centre qui, contre tout, siège d’un pouvoir qui concentre tout».
Cette sortie intervient alors que le gouvernement a activé un plan d’urgence régional à Dakar, créé un comité de veille et évoqué un programme national de prévention des inondations chiffré à 921 milliards de FCFA. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a également demandé une évaluation des écoles avant la rentrée prévue le 8 octobre, un possible report étant à l’étude.
«Réinventer le pays» : l’appel à une refonte systémique
Au-delà de la gestion de crise, Alioune Tine appelle à une refonte structurelle : «Le temps de la transformation systémique a sonné. Il faut que le Sénégal, toutes classes sociales et toutes générations confondues, réinvente ce pays, nous prépare à le rendre vivable aux prochaines générations».
Alors que l’ANACIM prévoit de nouveaux épisodes pluvieux sur Dakar jusqu’à mercredi et que les opérations de pompage et de drainage se poursuivent dans les zones les plus touchées, sa déclaration place le débat sur un terrain plus large : celui d’un réaménagement du territoire et d’une redistribution du pouvoir, présentés comme la condition pour que le «déluge» ne redevienne pas, l’an prochain, un simple fait divers.
Dassassa pour Billetdujour.com




































