Depuis l’entrée en vigueur, le 21 septembre 2026, de l’interdiction ministérielle des plastiques à usage unique et en particulier des sachets d’eau, l’accès à une eau potable abordable s’est brutalement compliqué en Guinée.  Une décision saluée pour son civisme environnemental, mais dont les effets collatéraux exposent désormais la population à un risque accru de maladies hydriques et diarrhéiques.

Ce mardi 6 octobre à Conakry, Mohamed Kourouma, PDG de la société Hamana, a tenu à féliciter la population guinéenne pour son respect quasi immédiat de la nouvelle réglementation.

« Il faut féliciter la population guinéenne. Depuis l’interdiction de l’utilisation des sachets plastiques à usage unique, l’eau en sachet a disparu en trois jours. Cela veut dire que le Guinéen a commencé à comprendre qu’il faut respecter la loi », a-t-il déclaré devant la presse.

Pour l’opérateur économique, ce réflexe collectif témoigne d’une prise de conscience citoyenne rare : la loi, une fois comprise, a été appliquée sans résistance majeure.

Mais derrière ce succès civique se cache une réalité économique brutale. Selon Mohamed Kourouma, l’eau en sachet représentait jusqu’à 85% de la consommation nationale, contre seulement 15% pour l’eau en bouteille.

« En Guinée, ce sont les sachets et les bouteilles qui sont utilisés pour la consommation d’eau. Et c’est 85% de la population qui utilisait l’eau en sachet et seulement 15% utilisaient les bouteilles d’eau », a-t-il expliqué.

Avec la disparition soudaine des sachets, les 15% restants de bouteilles se sont révélés largement insuffisants pour couvrir les besoins de toute la population, provoquant une crise d’approvisionnement sans précédent.  « La production de 100% de bouteilles d’eau va prendre du temps. C’est la difficulté qu’il y a en ce moment. Il faut se dire la vérité », a-t-il ajouté, appelant à un réalisme collectif.

Face à la grogne montante, Mohamed Kourouma a tenu à rassurer : l’État n’est pas là pour nuire, mais pour accompagner.  « Des analyses sont en cours au niveau gouvernemental et je suis convaincu qu’une solution sera trouvée dans les plus brefs délais. On doit se donner la main et travailler ensemble », a-t-il lancé.

Pourtant, les signes d’alerte se multiplient. L’Union pour la défense des consommateurs de Guinée réclame déjà un moratoire d’un an sur l’interdiction des sachets d’eau, le temps de mettre en place des alternatives viables et accessibles.  De son côté, le Dr Ben Youssouf Keïta met en garde contre le recours à des sources d’eau non contrôlées, qui pourrait faire resurgir des maladies hydriques jusque-là contenues.

L’interdiction des plastiques à usage unique, inscrite dans un décret présidentiel signé par le Général Mamadi Doumbouya, vise à réduire la pollution et ses conséquences — inondations, maladies, dégradation des sols.  Mais sans accompagnement massif de la filière eau en bouteille ou en contenants réutilisables, cette transition écologique risque de se transformer en crise sanitaire et sociale.

La question n’est plus seulement environnementale : elle est désormais vitale. Comment garantir l’accès à une eau potable, propre et abordable pour tous, tout en respectant l’interdit ? La réponse, espère-t-on du côté de Hamana et du gouvernement, viendra « dans les plus brefs délais ».

A-Tchol pour Billetdujour.com