L’ONG Salon des Étudiants Entrepreneurs « La Ruche » a tenu, à la Maison de la presse, une conférence de presse consacrée au lancement de son Programme National SEE6 (PNSEE6), cycle 2026-2027. Placé sous le thème « L’entrepreneuriat étudiant, une force de création de valeur et d’emplois en Guinée », le programme entend transformer les idées portées par les jeunes en entreprises viables et créatrices d’emplois.

Dans son intervention de circonstance, M’Bemba Mamoudou Youla, président de l’ONG, a posé une question centrale : « Que devient le potentiel d’un jeune Guinéen lorsque personne ne lui donne les moyens de le transformer en entreprise ? » Selon lui, la Guinée ne manque ni de talents ni de solutions : des jeunes transforment des déchets plastiques en pavés, conçoivent des drones et des robots agricoles, ou créent des vêtements à partir de tissus locaux.

Pour M. Youla, le véritable obstacle n’est pas le manque d’intelligence ou de bonnes idées, mais « la rupture entre ceux qui ont du potentiel et ceux qui pourraient leur permettre de le concrétiser ». Il a appelé les universités, entreprises, financeurs, institutions publiques et experts à mieux se coordonner autour des porteurs de projets.

Après cinq éditions, le SEE affirme avoir accompagné 420 projets entrepreneuriaux, contribué au financement de 25 d’entre eux et permis, avec son partenaire Keyce Academy, l’octroi de 10 bourses d’études. Les organisateurs indiquent également que les projets participants auraient réalisé plus de 400 millions de francs guinéens de chiffre d’affaires durant les quinze jours cumulés des salons.

Mais le président de « La Ruche » appelle à la lucidité : « 420 projets accompagnés ne font pas 420 entreprises consolidées. » Le SEE6 se veut donc moins un simple événement qu’un parcours structuré d’accompagnement, de mise en relation et de suivi des résultats.

Le Programme National SEE6 prévoit notamment de :

Sélectionner et accompagner 100 entrepreneurs et leurs projets ;

Offrir quatre mois de pré-incubation, incluant formations pratiques, diagnostic, mentorat, accès au marché, gestion et vente ;

Connecter les porteurs de projets à des experts, entreprises et opportunités commerciales ;

Contribuer à former 10 000 jeunes à l’entrepreneuriat dans les universités et établissements de formation professionnelle ;

Préparer cinq « Super Lauréats », un par secteur : agroalimentaire, industrie et transformation, numérique et technologies, services et solutions professionnelles, industries culturelles et créatives.

Pour ces cinq lauréats, l’organisation vise la mobilisation de 500 millions de francs guinéens. M. Youla a précisé qu’il s’agit d’un objectif à mobiliser, et non d’une somme déjà acquise, dont les engagements, décaissements et résultats pourront être suivis par les partenaires.

Les candidatures sont gratuites et ouvertes aux élèves, étudiants et apprenants guinéens portant un projet ayant atteint au moins le stade du prototype, seuls ou en équipe, via le formulaire officiel publié en ligne et sur les réseaux sociaux du SEE.

Sept mémorandums d’entente ont été annoncés avec des structures partenaires devant accompagner les entrepreneurs dans leurs domaines d’expertise. Martin Luther Keïta, co-fondateur de GIMTI, partenaire du salon depuis près de deux ans, s’est engagé à offrir gratuitement l’accès à la plateforme GIMTI aux cinq Super Lauréats, afin de faciliter la mobilisation de fonds par prêt, don ou prise de participation. GIMTI s’engage aussi à accompagner leur reporting financier.

Du côté des bénéficiaires, l’entrepreneure Kadiatou Kouyaté a témoigné de l’impact du dispositif : son projet a bénéficié d’un financement de 80 millions de francs guinéens en 2025, lui permettant de structurer une entreprise et d’acquérir des machines de production. La production devrait être lancée en novembre 2026.

Représentant le ministère de l’Enseignement supérieur, Oumar Doumbouya, directeur général de l’Enseignement supérieur, a salué l’initiative et invité les étudiants des universités, instituts et écoles supérieures, publics comme privés, à candidater. Il a indiqué que 8 des 19 institutions d’enseignement supérieur public disposent déjà de pôles VIE, pôles de valorisation de l’innovation et de l’entrepreneuriat et que deux nouveaux pôles s’ajoutent à ce dispositif.

Le ministère se dit « partenaire privilégié » de la démarche, qu’il inscrit dans la dynamique de valorisation des compétences des jeunes et de développement économique du pays.

À plus long terme, « La Ruche » affiche une ambition collective : contribuer, avec l’ensemble de l’écosystème, à la création de 10 000 à 20 000 emplois par an grâce à l’entrepreneuriat étudiant. M. Youla insiste toutefois : cet objectif exige des marchés accessibles, des financements adaptés et un suivi rigoureux des emplois réellement créés.

« Le potentiel est là. Les compétences sont là. Les acteurs sont là », a conclu le président de l’ONG. « Il nous appartient d’unir nos forces pour que ce potentiel devienne de la valeur, que cette valeur devienne des entreprises durables, et que ces entreprises créent les emplois dont notre pays a besoin. »

 

A-Tchol pour Billetdujour.com