Le procès de l’ancien avocat général près la Cour suprême, Algassimou Diallo, a viré au bras de fer judiciaire ce jeudi. Après le rejet par la Cour suprême de la récusation de trois magistrats dont Ibrahima Sory 1 Tounkara et l’annulation de la récusation, les avocats de la défense ont décidé d’abandonner les débats, laissant une audience déjà suspendue dans un climat de défiance.
Le procès devait s’ouvrir devant la chambre réunie de la Cour suprême à Conakry. À peine les débats engagés, la défense a introduit une requête en récusation visant trois magistrats, provoquant la suspension immédiate de l’audience.
La Cour a toutefois rejeté cette demande, ainsi qu’une requête en annulation de l’ordonnance de renvoi. C’est à la suite de ces décisions que les avocats d’Algassimou Diallo ont choisi de boycotter le procès, un geste spectaculaire qui transforme une question de procédure en épreuve politique et institutionnelle.
Pour beaucoup d’observateurs de la vie publique guinéenne, ces rebondissements ne surprennent guère. L’affaire Algassimou Diallo est devenue un dossier particulièrement sensible et, selon plusieurs commentateurs, délétère : elle met aux prises un ancien haut magistrat avec l’institution au sein de laquelle il a lui-même exercé, la Cour suprême.
Ancien procureur emblématique du procès des événements du 28 septembre 2009, Algassimou Diallo n’est pas un justiciable ordinaire. Sa chute a été rapide : suspendu le 18 août 2026 pour « manquement à ses obligations statutaires », il a été révoqué du corps de la magistrature le 20 août par le Conseil supérieur de la magistrature, avant d’être transféré à la prison de Macenta, à plus de 700 kilomètres de Conakry.
Algassimou Diallo est poursuivi notamment pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination et association de malfaiteurs ». Son procès avait déjà été renvoyé au 15 octobre après son absence à l’audience du 8 septembre, son équipe plaidant alors qu’un prévenu ne peut être jugé en son absence en matière pénale.
La défense estime donc que les obstacles procéduraux, éloignement du client, accès limité à celui-ci, composition de la juridiction compromettent un procès équitable. En refusant de participer aux débats après le rejet de ses récusations, elle entend faire de cette audience un symptôme des dysfonctionnements qu’elle dénonce.
Le conflit dépasse largement le sort d’un homme. Il interroge la capacité de la justice guinéenne à juger sereinement l’un de ses anciens membres, alors que la récusation de magistrats, l’annulation de cette récusation et le retrait des avocats s’enchaînent en quelques heures.
Pour les observateurs, l’affaire illustre une dérive préoccupante : un dossier judiciaire qui devient un terrain d’affrontement entre institutions, où la défiance envers la Cour suprême risque de l’emporter sur l’examen des faits. Tant que la défense restera absente et que la composition de la juridiction sera contestée, le procès d’Algassimou Diallo risque de rester moins une épreuve de vérité judiciaire qu’un nouveau symptôme de la crise de confiance qui traverse la justice guinéenne.
K’pônn pour Billetdujour.com





































