À l’approche de la célébration de l’indépendance de la République de Guinée, le 2 octobre, une question revient avec insistance : où les citoyens peuvent-ils se rassembler dignement pour vivre pleinement ce moment historique ? D’année en année, la fête nationale se déroule dans des espaces souvent trop étroits, peu adaptés à l’affluence et incapables de répondre aux exigences d’une capitale en pleine croissance démographique.

Sous le premier régime, dirigé par Ahmed Sékou Touré, la population guinéenne était moins nombreuse. Les défilés et les rassemblements du 2 octobre pouvaient ainsi se tenir avec relativement moins de contraintes. La participation populaire demeurait importante, mais la pression démographique sur les espaces publics n’avait pas encore atteint le niveau observé aujourd’hui.

Avec le régime du président Lansana Conté, la croissance rapide de la population, notamment à Conakry, a progressivement changé la donne. Lors des grands événements nationaux, les citoyens se retrouvaient de plus en plus nombreux dans des espaces insuffisamment aménagés. Pour apercevoir les acteurs du défilé, beaucoup étaient contraints de se bousculer, de grimper sur des murets ou de se tenir dans des zones dangereuses.

Cette réalité ne relève plus d’un simple inconfort. Elle pose des questions de sécurité, d’accessibilité et de dignité pour les citoyens qui souhaitent participer à la célébration de l’histoire nationale.

En 2025, l’esplanade du stade du 28-Septembre de Dixinn a notamment servi de cadre au défilé national, avec un parcours reliant plusieurs axes de la capitale. Cette organisation permet de maintenir la cérémonie, mais elle ne règle pas le problème de fond : la Guinée ne dispose toujours pas, à Conakry, d’un espace national spécialement conçu pour accueillir les grandes festivités populaires.

Pourtant, les autorités qui se succèdent à la tête de l’État semblent ne pas avoir inscrit cette question parmi les priorités durables de l’aménagement urbain. Les infrastructures administratives, commerciales et institutionnelles sont régulièrement évoquées dans les grands projets urbains, tandis que les espaces destinés à la mémoire nationale, aux rassemblements citoyens et aux fêtes populaires restent secondaires.

Cette absence est d’autant plus préoccupante que les cérémonies nationales ne sont pas de simples spectacles. Elles permettent aux citoyens de se retrouver, de transmettre l’histoire aux jeunes générations et de manifester leur attachement à la République.

Le centre directionnel de Koloma pourrait offrir une occasion de corriger cette lacune. Le site, conçu sur plusieurs centaines d’hectares, doit accueillir des infrastructures administratives, des équipements publics, des espaces verts et des installations liées aux activités socio-culturelles.

Une partie de ce vaste périmètre pourrait être réservée à la création d’un grand espace national des fêtes et des cérémonies. Il ne s’agirait pas uniquement d’une esplanade destinée au défilé militaire, mais d’un véritable complexe public comprenant :

une grande avenue pour les défilés civils et militaires ;

des gradins permanents et accessibles au public ;

une tribune officielle modulable ;

des espaces verts et des zones de repos ;

des sanitaires et des points d’eau ;

des parkings et des voies d’évacuation ;

des installations pour les concerts, expositions et manifestations culturelles ;

un dispositif de sécurité et de secours adapté aux grandes foules.

Le projet de la cité administrative de Koloma prévoit déjà plusieurs équipements modernes, dont un auditorium, un théâtre à ciel ouvert, des espaces verts et des axes piétons. Cette orientation montre que le site peut intégrer des fonctions publiques et culturelles au-delà des seuls bureaux administratifs.

La création d’un tel espace devrait faire l’objet d’une étude urbaine, financière et environnementale transparente. Elle devrait également associer les collectivités locales, les architectes, les urbanistes, les historiens, les organisations citoyennes et les populations riveraines.

Il faudrait surtout éviter de reproduire les erreurs liées à certains projets d’aménagement urbain, en garantissant la protection des droits des habitants et une concertation réelle. Le développement de Koloma a déjà suscité des débats liés aux déguerpissements, à l’occupation foncière et à la destination des terres.

L’objectif ne serait donc pas de construire un site prestigieux réservé aux autorités, mais un espace véritablement populaire, où chaque citoyen pourrait assister aux cérémonies dans de bonnes conditions, sans bousculade ni danger.

La Guinée ne peut pas continuer à organiser sa fête nationale au gré des espaces disponibles. Le 2 octobre mérite un lieu à la hauteur de son importance historique : un endroit permanent, identifiable, sécurisé et ouvert à tous.

Le centre directionnel de Koloma pourrait devenir ce symbole, à condition que les autorités acceptent de penser l’aménagement de la capitale au-delà des bâtiments administratifs. Une nation qui honore son indépendance doit aussi offrir à son peuple un espace pour la célébrer.

À quelques jours du 2 octobre, le débat n’est donc pas seulement de savoir où aura lieu le prochain défilé. Il est de savoir si la Guinée veut enfin donner une adresse digne de ce nom à sa mémoire nationale.

A-Tchol pour Billetdujour.com