La Guinée est une nouvelle fois endeuillée par un incendie meurtrier. Dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 septembre 2026, quatre membres d’une même famille ont péri dans un incendie à Gbessia Cité 2, dans la commune de Matoto, à Conakry.

Le sinistre s’est déclaré aux environs de 5 heures du matin, alors que le quartier s’apprêtait à commencer sa journée. Mohamed Condé, son épouse, leur enfant et la jeune sœur de cette dernière se sont retrouvés piégés à l’intérieur de leur maison. Selon un témoin, les flammes avaient déjà gagné une grande partie de la toiture lorsque l’alerte a été donnée. Plusieurs habitants ont tenté de maîtriser le feu et de porter secours aux occupants, mais leurs efforts n’ont pas permis d’éviter le pire. L’origine du sinistre n’a pas encore été officiellement établie, même si la piste d’un court-circuit électrique est évoquée.

Ce drame dépasse le cadre d’un simple fait divers. Il remet au premier plan la récurrence des incendies domestiques à Conakry et dans plusieurs villes de Guinée, ainsi que les nombreuses failles qui exposent les familles à des conséquences souvent irréversibles.

Face à la montée de l’insécurité et à la multiplication des cambriolages, de nombreuses familles installent des grilles métalliques, des antivols rigides, des cadenas multiples et parfois des portes difficilement ouvrables de l’intérieur. Cette volonté de protéger les biens est compréhensible.

Mais en cas d’incendie, ces dispositifs peuvent transformer les habitations en véritables pièges. Lorsque la fumée envahit les pièces, chaque seconde devient déterminante. Une porte verrouillée, une fenêtre grillagée ou une sortie bloquée peut empêcher les occupants de fuir et retarder l’intervention des voisins ou des secours.

Ainsi, la barricade censée protéger contre les malfaiteurs peut devenir une menace directe pour la vie des membres de la famille. La sécurité contre le vol ne devrait jamais se faire au détriment de la possibilité d’évacuer rapidement une maison.

Une habitation véritablement sécurisée doit donc permettre une ouverture immédiate depuis l’intérieur, sans clé, sans cadenas et sans manipulation complexe.

Dans de nombreuses constructions à Conakry, les issues de secours sont inexistantes ou mal conçues. Les maisons sont parfois bâties sans plan d’évacuation, avec des pièces enclavées, des couloirs étroits et des fenêtres difficilement accessibles.

Cette situation est particulièrement dangereuse la nuit, lorsque les habitants dorment et peuvent être réveillés trop tard par la fumée ou la chaleur. Dans un tel contexte, l’absence de sortie secondaire peut faire la différence entre la vie et la mort.

Les risques sont encore plus importants lorsque les habitations présentent :

des installations électriques vétustes ou anarchiques ;

des multiprises surchargées ;

des câbles de mauvaise qualité ;

des bouteilles de gaz mal entretenues ;

des bougies ou réchauds laissés sans surveillance ;

des matériaux facilement inflammables ;

l’absence d’extincteurs ou de détecteurs de fumée.

Des analyses consacrées à la sécurité incendie en Guinée citent régulièrement les courts-circuits, les mauvaises installations électriques, les bougies, les bouteilles de gaz et le faible niveau de sensibilisation parmi les facteurs de risque.

La répétition de ces drames révèle aussi le manque d’initiatives durables de sensibilisation. Les campagnes de prévention restent trop rares, souvent limitées à des interventions ponctuelles après un incendie.

Pourtant, la prévention devrait être permanente et de proximité. Elle devrait toucher les quartiers, les écoles, les marchés, les lieux de culte, les ateliers et les familles. Les citoyens doivent savoir comment prévenir un feu, donner l’alerte, couper l’électricité, utiliser un extincteur et évacuer une habitation enfumée.

L’État, à travers les services de la Protection civile, les collectivités locales et les ministères concernés, doit mettre en place une véritable politique nationale de sécurité incendie. Cette politique devrait notamment prévoir :

des campagnes régulières en langues nationales et à la radio ;

des séances de sensibilisation dans les quartiers ;

des exercices d’évacuation dans les écoles et les bâtiments publics ;

la formation des chefs de famille, artisans et responsables communautaires ;

le contrôle des installations électriques et des bouteilles de gaz ;

l’inspection des bâtiments avant leur occupation ;

l’obligation d’aménager des issues de secours adaptées.

La société civile a également un rôle essentiel à jouer. Les associations de quartier, les organisations de jeunesse, les médias et les organisations non gouvernementales peuvent contribuer à diffuser les gestes qui sauvent. Ils peuvent aussi effectuer des visites de proximité pour identifier les maisons dépourvues de sortie de secours ou présentant des installations dangereuses.

La lutte contre les incendies ne peut pas reposer uniquement sur l’intervention des sapeurs-pompiers. Elle commence bien avant l’arrivée des secours, dans la conception des maisons, le choix des matériaux, l’entretien des installations et les comportements quotidiens.

Il est donc urgent d’engager une réponse collective articulée autour de quatre priorités :

Sensibiliser les populations en continu, et non seulement après chaque drame.

Rendre les constructions plus sûres, en imposant des sorties accessibles et des voies d’évacuation.

Encadrer les dispositifs antivol, afin qu’ils puissent être ouverts rapidement de l’intérieur.

Renforcer les contrôles et les secours, avec des équipements adaptés et une meilleure couverture des quartiers.

Chaque famille devrait également établir un plan simple : identifier une sortie principale et une sortie secondaire, éviter de dormir avec des portes bloquées, garder les clés accessibles, ne jamais retourner dans une maison en flammes et apprendre aux enfants à ramper sous la fumée pour rejoindre l’extérieur.

Le drame de Gbessia Cité 2 ne doit pas être classé parmi les tragédies ordinaires. Il doit servir de signal d’alarme pour la Guinée entière. Tant que les habitations resteront dépourvues d’issues de secours, que les installations électriques dangereuses ne seront pas contrôlées et que les familles continueront de barricader leurs maisons sans mécanisme d’ouverture rapide, d’autres vies resteront exposées.

La sortie de crise passe par une mobilisation conjointe de l’État, des collectivités, de la Protection civile, de la société civile et des citoyens. Il faut construire une culture nationale de prévention, faire respecter des normes minimales de sécurité et rappeler une vérité essentielle : une maison ne doit jamais devenir une prison au moment où elle est censée protéger ses occupants.

A-Tchol pour Billetdujour.com