Aly Touré a posé les fondations d’une justice économique crédible en Guinée, tandis qu’Alphonse Charles Wright vient de déclarer la « guerre totale » à la corruption avec une offensive médiatique et politique sans précédent. Lequel des deux s’est le mieux illustré à la tête du parquet spécial de la CRIEF ? La réponse tient moins aux chiffres qu’à la nature même de leur engagement.

Aly Touré : la gouvernance par la persévérance

Aly Touré a dirigé le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pendant plus de quatre ans, de janvier 2022 à avril 2026.  Son style ? Discret, méthodique, presque effacé. Mais derrière cette apparente réserve se cache un travail de fond considérable.

Touré a fait tourner la machine dans un contexte particulièrement hostile. Il a lui-même révélé avoir été menacé de mort dès son entrée en fonction, soulignant les risques réels liés à sa mission.  Malgré ces pressions, il a maintenu le cap, traitant des dossiers sensibles impliquant d’anciens hauts responsables, dont l’ancien gouverneur de la Banque centrale, condamné par contumace en mai 2025.

Son approche était pragmatique : priorité au traitement des dossiers, à la constitution de preuves solides et à l’obtention de condamnations effectives. Il a aussi su classer sans suite certains dossiers lorsque les éléments ne justifiaient pas de poursuites, démontrant une certaine indépendance d’esprit.

Touré incarne ainsi la gouvernance par la persévérance : celle d’un magistrat qui a accepté de travailler dans l’ombre, sans chercher la lumière médiatique, mais en obtenant des résultats judiciaires concrets.

Alphonse Charles Wright : la gouvernance par la rupture

Nommé procureur spécial en avril 2026, Alphonse Charles Wright a pris ses fonctions avec un discours tonitruant : « Aucun marché douteux ne sera épargné », a-t-il promis, annonçant un examen judiciaire de tous les contrats publics des seize dernières années.

Son style ? Offensif, médiatique, volontariste.

Dès ses premiers jours, Wright a lancé plusieurs actions symboliques et concrètes : mise en place d’un numéro vert pour les dénonciations, réquisition de 111 hauts cadres avec interdiction de sortie du territoire, ouverture d’enquêtes majeures sur des détournements présumés, et même dénonciation publique de la corruption au sein même de la justice.

Wright incarne la gouvernance par la rupture : celle d’un magistrat qui cherche à créer un choc psychologique, à instaurer un climat de dissuasion et à envoyer un message clair : l’impunité est terminée.

Son approche est plus politique que judiciaire dans un premier temps : il s’agit de montrer que la CRIEF est désormais une institution redoutée, capable de frapper à tous les niveaux de l’État.

Qui s’est le mieux illustré ?

La réponse dépend de ce que l’on entend par « s’illustrer ».

Si l’on considère l’illustration par les résultats judiciaires, Aly Touré l’emporte nettement. Il a fait tourner la machine pendant quatre ans, obtenu des condamnations et traité des dossiers complexes dans un contexte difficile. Son bilan est celui d’un magistrat qui a accepté de travailler dans la durée, sans chercher la gloire.

Si l’on considère l’illustration par l’impact politique et symbolique, Alphonse Charles Wright se distingue par son offensive sans précédent et ses annonces radicales dès ses premiers mois. Il a réussi à créer un électrochoc dans l’opinion publique et à repositionner la CRIEF comme une institution centrale dans la lutte contre la corruption.

Cependant, Wright n’a pas encore eu le temps de produire des condamnations ou des jugements définitifs, ce qui rend toute comparaison prématurée sur le plan des résultats judiciaires concrets.

Verdict provisoire

Aly Touré reste, à ce jour, le magistrat qui s’est le plus illustré dans la gouvernance effective de la lutte contre la malversation économique et financière en Guinée, grâce à un travail de fond, une gestion continue de la CRIEF sur la durée et des résultats judiciaires tangibles.

Alphonse Charles Wright, en revanche, a lancé une dynamique nouvelle et promet une « justice sans concessions », mais son véritable test sera de transformer ses annonces en condamnations effectives dans les mois à venir.

La Guinée attend désormais des résultats tangibles : la lutte contre la corruption ne se gagne pas avec des discours, mais avec des jugements.

Tambouprêt pour Billetdujour.com