Le Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG) publie un « mémorandum citoyen d’alerte et d’interpellation préventive » adressé aux autorités, aux bailleurs de fonds et aux partenaires économiques du pays. L’organisation appelle à prévenir, avant qu’elles ne dégénèrent, les crises financières, juridiques, sociales et réputationnelles liées à la dette publique, aux conventions minières, aux accords de coopération et aux grands projets financés au nom de la République de Guinée.

Couvrant la période de septembre 2021 à octobre 2026, le document cible les risques liés à la dette publique, à la gouvernance minière, aux accords de coopération, à la commande publique, à la liquidité économique, au dividende social et aux risques de contentieux. Le FFSG s’adresse directement aux institutions financières locales et internationales, aux partenaires bilatéraux et multilatéraux, aux organes de contrôle et aux acteurs des grands engagements économiques et miniers.

L’organisation de la société civile demande que ces engagements soient examinés avec transparence, afin d’éviter qu’ils ne deviennent des « crises de confiance » ou des litiges coûteux pour l’État et les citoyens.

L’alerte intervient dans un contexte où la question de la soutenabilité de la dette demeure centrale. Selon la Banque mondiale, la dette publique guinéenne aurait atteint environ 47,9% du PIB en 2025, tandis que le FMI a indiqué en août 2026 avoir achevé une mission dans le cadre d’un programme visant notamment à renforcer les cadres budgétaire et monétaire ainsi que la gouvernance.

La Banque mondiale a également souligné la nécessité d’améliorer la gestion des dépenses publiques et de la dette, dans un pays où les recettes fiscales restent inférieures aux moyennes régionales.

Le mémorandum met

particulièrement l’accent sur la gouvernance des ressources minières, secteur stratégique pour les finances publiques guinéennes. Le FFSG avait déjà interpellé les autorités en décembre 2025 au sujet du projet Simandou, réclamant la publication des conventions renégociées et des documents contractuels, ainsi que des éclaircissements sur les recettes attendues de l’exploitation.

L’organisation avait notamment exprimé des préoccupations sur la transparence, le respect des normes environnementales et sociales, la collecte des recettes minières et la capacité de l’État à maximiser la rentabilité du projet pour la population.

Au-delà des aspects techniques et juridiques, le FFSG place le « dividende social » au cœur de son message : les ressources mobilisées au nom de la Guinée doivent, selon lui, se traduire par des bénéfices visibles pour les citoyens, et non uniquement par des engagements contractuels ou financiers.

Le document appelle donc les autorités et leurs partenaires à instaurer des mécanismes de contrôle, de publication et de redevabilité avant la signature ou l’exécution des grands contrats. L’objectif affiché est clair : empêcher que des décisions prises aujourd’hui ne pèsent demain sur les finances publiques, la confiance des investisseurs et la cohésion sociale.

En s’adressant aussi aux bailleurs et institutions financières, le FFSG demande que les financements accordés à la Guinée soient conditionnés à des garanties de transparence et de conformité. Cette exigence rejoint les priorités affichées par les partenaires du pays, dont le FMI, qui lie son appui à l’amélioration de la gouvernance, de la transparence dans la gestion des ressources naturelles et de la viabilité de la dette.

Le mémorandum, publié à Conakry en octobre 2026, constitue ainsi un avertissement préventif : pour la société civile, la vraie question n’est pas seulement de savoir combien la Guinée emprunte ou signe, mais à quelles conditions, avec quels contrôles, et pour quel bénéfice réel de sa population.

Stupp pour Billetdujour.com