La rentrée scolaire 2026-2027 s’ouvre en Guinée dans un contexte marqué à la fois par l’espoir d’un nouveau départ et par de profondes inquiétudes sur l’état du système éducatif. La reprise administrative a été fixée au 21 septembre 2026, tandis que le démarrage effectif des cours est prévu le 5 octobre 2026.

Au-delà des cérémonies officielles, des discours et de la distribution éventuelle de fournitures scolaires, cette rentrée devrait être l’occasion d’un véritable examen de conscience national. Car l’école guinéenne, autrefois reconnue pour sa rigueur et la qualité de son encadrement, semble avoir perdu une grande partie de son lustre.

Il y a une vingtaine d’années, l’école guinéenne était associée à la discipline, au respect de l’autorité pédagogique et à l’exigence dans le travail. Les enseignants étaient généralement perçus comme des modèles, non seulement en raison de leurs connaissances, mais aussi pour leur amour du métier, leur sens du devoir et leur engagement auprès des apprenants.

Aujourd’hui, ce prestige paraît fortement érodé. La maîtrise de la pédagogie éducative, qui permettait autrefois aux enseignants de transmettre efficacement les savoirs et de former les consciences, semble reculer dans de nombreux établissements. À cela s’ajoutent l’absentéisme, le relâchement professionnel, le manque de suivi et l’insuffisance de la formation continue.

Cette situation ne concerne naturellement pas tous les enseignants. Beaucoup continuent à exercer avec abnégation dans des conditions difficiles. Mais les dérives de certains contribuent à fragiliser l’image de toute la profession.

L’achat des notes, le clientélisme et les arrangements entre adultes et apprenants constituent des menaces sérieuses pour la crédibilité de l’institution scolaire. Une note doit mesurer le travail et les compétences de l’élève, non sa proximité avec un enseignant, sa famille ou un réseau d’influence.

Plus préoccupant encore, le rapport entre certains encadreurs et leurs élèves tend parfois à perdre la distance professionnelle indispensable. La proximité peut être utile lorsqu’elle favorise l’écoute et l’accompagnement. Mais lorsque l’encadreur « copine » avec ses élèves, banalise l’indiscipline ou ferme les yeux sur les insuffisances, il renonce à une partie de sa responsabilité éducative.

L’autorité pédagogique ne signifie ni brutalité ni humiliation. Elle repose sur la compétence, la justice, la constance et l’exemplarité. C’est cette rigueur équilibrée qui semble aujourd’hui faire défaut dans plusieurs établissements.

La disparition ou l’affaiblissement des inspections inopinées constitue une autre source d’inquiétude. Les directions préfectorales et communales de l’éducation devraient pouvoir vérifier régulièrement la présence effective des enseignants, le déroulement des cours, la tenue des cahiers de textes, l’évaluation des élèves et l’état des infrastructures.

Or, lorsque les contrôles existent, ils sont parfois soupçonnés de fonctionner sur la base du favoritisme ou du copinage. Une inspection annoncée longtemps à l’avance ne permet pas toujours de voir la réalité quotidienne d’une école. De même, un contrôle dépourvu de neutralité ne peut produire aucun changement durable.

L’inspection doit redevenir un instrument d’amélioration, et non une opération de complaisance ou de sanction sélective.

Les élèves évoluent, eux aussi, dans un environnement profondément transformé. Les réseaux sociaux, la recherche de la popularité, la consommation de contenus mondains et la multiplication des distractions occupent une place croissante dans leur quotidien.

L’intelligence artificielle vient amplifier cette transformation. Utilisée intelligemment, elle peut aider à comprendre une leçon, corriger un texte, traduire un document ou personnaliser l’apprentissage. Mais utilisée comme un moyen de tricher, de copier des devoirs ou d’éviter tout effort intellectuel, elle risque d’affaiblir la curiosité, la mémoire et l’esprit critique.

Le problème n’est donc pas l’existence de l’intelligence artificielle. Le véritable enjeu est l’incapacité de l’école à apprendre aux élèves à s’en servir avec discernement, éthique et responsabilité.

Le gouvernement guinéen pourrait engager un plan national de restauration de la qualité et de l’éthique scolaires autour de plusieurs priorités :

Renforcer la formation initiale et continue des enseignants, avec un accent sur la pédagogie pratique, la gestion de classe, l’évaluation et l’accompagnement psychologique des élèves.

Mettre en place un système transparent de suivi de la présence, fondé sur des registres fiables, des contrôles réguliers et des sanctions applicables à tous, sans favoritisme.

Rendre les inspections inopinées réellement indépendantes, en faisant tourner les équipes de contrôle et en publiant des rapports périodiques sur la fréquentation des établissements et la qualité des enseignements.

Lutter fermement contre l’achat des notes et le clientélisme, à travers des mécanismes de signalement confidentiels, des enquêtes rapides et des sanctions disciplinaires clairement définies.

Restaurer le prestige du métier d’enseignant, notamment par une amélioration des conditions de travail, une rémunération motivante, la reconnaissance du mérite et des perspectives de carrière.

Clarifier les règles de conduite entre encadreurs et apprenants, afin de prévenir les abus, les favoritismes et les relations incompatibles avec l’éthique professionnelle.

Réformer l’évaluation, en privilégiant les compétences, le raisonnement et le travail personnel plutôt que la mémorisation mécanique ou les notes obtenues par complaisance.

Éduquer les élèves à l’usage responsable de l’intelligence artificielle, en leur apprenant à vérifier les informations, citer leurs sources, produire leurs propres raisonnements et distinguer l’assistance technologique de la tricherie.

Associer les parents et les communautés, car l’école ne peut pas porter seule la responsabilité de l’éducation. Le suivi familial, la discipline à la maison et le dialogue avec les établissements sont indispensables.

Faire de l’exemplarité une politique publique, car aucune réforme ne peut réussir si les responsables chargés de l’appliquer ne respectent pas eux-mêmes les règles.

La rentrée du 5 octobre 2026 ne devrait pas être une simple reprise administrative. Elle doit ouvrir une nouvelle étape pour l’école guinéenne : une étape fondée sur la compétence, la probité, la ponctualité et le respect du savoir.

Redorer le blason de l’école ne signifie pas idéaliser le passé ni accuser indistinctement les enseignants et les élèves. Il s’agit plutôt de retrouver ce qui faisait la force de l’institution : l’amour du métier, la responsabilité, la rigueur, l’équité et le goût de l’effort.

La Guinée ne pourra construire une économie forte, une administration efficace et une citoyenneté responsable sans une école exigeante et respectée. La véritable urgence de cette rentrée n’est donc pas seulement de rouvrir les salles de classe, mais de restaurer la confiance dans l’éducation.

A-Tchol pour Billetdujour.com