Après avoir interdit la vadrouille des élèves pendant les heures de cours, le procureur de la République près le Tribunal de première instance (TPI) de Kankan, Ibrahima I. Camara, est passé des mots aux actes. Un démarcheur a été interpellé, un signal fort dans une affaire où les hommes de robes noires s’intéressent rarement à ce type de faits divers.
Le 19 octobre 2026, le magistrat avait signé une réquisition adressée à la Direction régionale de la police de Kankan, ordonnant l’interpellation de tout élève trouvé en situation de vagabondage aux abords des établissements scolaires pendant les heures de cours. La mesure visait aussi les élèves retrouvés dans les bars-cafés, hôtels, motels ou à la place des Martyrs en pleine journée scolaire.
Selon cette instruction, les élèves interpellés doivent être conduits devant l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM) pour enquête. L’objectif affiché du parquet est de lutter contre l’absentéisme, la délinquance juvénile et les pratiques jugées déviantes chez les élèves.
La nouvelle interpellation d’un démarcheur marque une étape supplémentaire dans l’application de cette politique. Elle montre que le procureur ne se limite pas à un simple communiqué : les contrôles et les poursuites commencent effectivement à être mis en œuvre sur le terrain.
Ce geste peut paraître modeste au regard des grandes affaires judiciaires. Pourtant, il touche à un enjeu essentiel : protéger le temps scolaire, éloigner les mineurs des circuits d’exploitation ou de dérive, et rappeler que l’école ne doit pas devenir un espace abandonné pendant que certains prospèrent sur l’errance des élèves.
En Guinée, les parquets sont souvent mobilisés sur des dossiers spectaculaires : fraudes, violences, contentieux fonciers ou affaires politiques. Les faits liés à l’encadrement des enfants, à la rue et à l’absentéisme scolaire reçoivent moins d’attention, alors qu’ils façonnent directement l’avenir d’une génération.
En s’attaquant à la « vadrouille scolaire », Ibrahima I. Camara adresse donc un message au-delà de Kankan : la protection de l’enfant et la sauvegarde de l’école relèvent aussi de l’action judiciaire. Reste à garantir que ces interpellations s’accompagnent d’un traitement adapté, éducatif et protecteur, conformément au rôle de l’OPROGEM.
La réussite de cette initiative dépendra de sa régularité, de la coordination entre police, écoles, familles et services de protection de l’enfance, ainsi que du respect des droits des élèves interpellés. Si elle est conduite avec rigueur, elle pourrait devenir un modèle pour d’autres juridictions du pays.
A-Tchol pour Billetdujour.com



































