L’interdiction de l’orpaillage artisanal à Siguiri prend une tournure humaine et diplomatique. Des milliers de ressortissants burkinabè, pour beaucoup membres de communautés liées à l’espace AES/Alliance des États du sahel, affirment être les premières victimes des mesures prises par le gouvernement guinéen pour mettre fin à l’exploitation « anarchique » de l’or.
Le 2 novembre, cinq ministères guinéens ont annoncé une interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or dans la région de Siguiri, avec le déploiement de l’armée, de la gendarmerie et de la police, ainsi que des contrôles sur les axes routiers et fluviaux pour bloquer le transport d’équipements. Cette décision fait suite à la suspension, dès le 29 octobre, de toutes les activités d’exploitation artisanale de l’or dans la région, en attendant une régularisation.
Pour les Burkinabè qui vivaient de ces sites, la mesure est vécue comme une expulsion sèche. Ouagadougou a indiqué avoir organisé, dans la nuit de mardi à mercredi, un convoi de centaines de cars pour rapatrier ses ressortissants, dont certains se trouvaient au Mali ou restaient encore en territoire guinéen.
Selon un recensement approximatif de responsables locaux cité par le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) burkinabè, plus de 8 000 Burkinabè seraient concernés par ces départs. Quatre personnes seraient décédées, sans que les circonstances soient précisées.
Le Burkina Faso présente ces déplacements comme des « expulsions » et a annoncé des dispositions pour organiser le retour de ses nationaux. À Siguiri, plusieurs ressortissants burkinabè cherchaient déjà des moyens de transport pour regagner leur pays après l’annonce de l’opération.
Le gouvernement guinéen justifie son action par la nécessité de mettre fin à l’orpaillage clandestin et illégal, jugé dangereux pour l’environnement et la sécurité. Il a également annoncé une modernisation de l’exploitation artisanale, une meilleure organisation des sites et un renforcement de la réhabilitation environnementale.
Mais pour les familles burkinabè touchées, la frontière entre lutte contre l’illégalité et victimisation paraît mince : perte soudaine de revenus, déplacements forcés, séparation familiale et incertitude sur les biens laissés sur les sites. Le CECOGEC lie explicitement la situation aux mesures guinéennes contre l’orpaillage clandestin.
L’affaire dépasse le seul dossier minier : elle touche la mobilité des citoyens au sein de l’espace AES, où le Burkina Faso, le Mali et la Guinée entretiennent des liens politiques et sécuritaires étroits. Les opérations menées à Kouremalé, Djatéla, Bouré-Kourda et Siguiri ont également entraîné la destruction de hangars d’orpailleurs et la radiation de 22 responsables locaux, dont le préfet.
Alors que Conakry n’avait pas encore communiqué officiellement sur l’ampleur et les conditions des expulsions, la pression monte pour que les autorités guinéennes précisent les garanties accordées aux personnes rapatriées, notamment en matière de sécurité, de biens et de traitement digne.
Smarfi pour Billetdujour.com





































