Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a adopté jeudi 5 novembre une posture particulièrement ferme devant les diplomates accrédités en Guinée, défendant sans détour la décision de Conakry de mettre fin à l’orpaillage anarchique à Siguiri, malgré la crise diplomatique qu’elle a provoquée avec le Burkina Faso et le Mali, membres de l’AES.

Réunissant le corps diplomatique au siège du ministère, le chef de la diplomatie guinéenne a présenté la fermeture des sites d’exploitation artisanale comme une mesure de souveraineté, de protection de l’environnement et de restauration de l’ordre public, et non comme une opération dirigée contre une nationalité.

Conakry rappelle que la décision, annoncée le 2 novembre par cinq ministères, vise l’exploitation « anarchique » de l’or dans la région de Siguiri, où les autorités dénoncent la destruction des terres agricoles, la pollution du fleuve Niger et de ses affluents, ainsi que l’usage de mercure et de cyanure.

La mesure a entraîné le départ massif de milliers d’orpailleurs, principalement burkinabè, vers le Mali voisin. Ouagadougou parle d’une expulsion de ses ressortissants et dénonce un traitement « cruel, inhumain et dégradant », tandis que Bamako a organisé leur accueil et facilite leur rapatriement dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, s’est rendu à Bamako pour rencontrer les rapatriés et a critiqué l’absence de concertation préalable avec Ouagadougou et Bamako. Le Burkina Faso a toutefois salué l’aide apportée par le Mali pour l’accueil et le retour de ses citoyens.

Pour Morissanda Kouyaté, la ligne est claire : la Guinée applique sa loi sur son territoire et ne saurait accepter que la lutte contre l’orpaillage clandestin soit transformée en querelle régionale. Devant les ambassadeurs, il a cherché à couper court aux accusations circulant sur les réseaux sociaux et dans certains milieux diplomatiques, en insistant sur le cadre légal des contrôles d’identité et de séjour menés à Siguiri.

Le gouvernement a déployé armée, gendarmerie, police, douanes et conservateurs de la nature pour faire respecter l’interdiction, contrôler les axes routiers et fluviaux, et empêcher l’entrée de matériel et de produits chimiques destinés à l’exploitation illégale.

La crise illustre la fragilité des équilibres entre la Guinée, qui n’est pas membre de l’AES, et ses voisins du Sahel, autour d’une ressource aussi stratégique que l’or. À Siguiri, la fermeture des carrières est devenue bien plus qu’un dossier environnemental : elle teste la capacité de Conakry à imposer ses décisions sans provoquer une rupture durable avec Bamako et Ouagadougou.

Reste à savoir si la fermeté affichée par Morissanda Kouyaté suffira à désamorcer la tension, alors que les rapatriements se poursuivent et que la question du sort des étrangers présents sur les sites miniers demeure au cœur du différend.

Smarboy pour Billetdujour.com