« Rien de grand ne se bâtit dans le désordre. » En ce 2 octobre 2026, le président Mamadi Doumbouya a transformé la commémoration des 68 ans de l’indépendance en un acte politique fort, appelant à un « serment » national autour de l’ordre, de la discipline et de la souveraineté économique.

Un discours d’unité et de souveraineté

Dans son adresse à la nation, le chef de l’État a replacé le « Non » du 28 septembre 1958 au cœur de l’identité guinéenne, saluant un peuple qui, « sans armée puissante, sans richesse accumulée », a choisi la liberté et ouvert la voie à toute l’Afrique.  Il a rendu hommage aux figures de la résistance (Samory Touré, Alfa Yaya Diallo, Dinah Salifou, Zégbéla Togba Pivi) et à tous les anonymes dont le sacrifice a « bâti la Nation ».

Le fil rouge du discours est clair : la souveraineté ne s’hérite pas, elle se défend et se construit chaque jour. « La Guinée ne subira plus », a-t-il martelé, dans un monde marqué par de profondes recompositions géopolitiques où les puissances se disputent ressources et zones d’influence.

Simandou 2040 : de la mine au capital humain

Le projet phare mis en avant est le programme Simandou 2040, présenté comme un plan d’émergence sur quinze ans, articulé autour de cinq piliers et censé transformer la richesse minière en richesse humaine.  Doumbouya a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’exploiter le minerai de Simandou, mais de « former nos ingénieurs, nos techniciens, nos entrepreneurs » via l’initiative Simandou Academy.

L’objectif affiché : que « chaque tonne de minerai qui quitte notre sol laisse derrière elle un avenir meilleur pour nos enfants », en finançant écoles, hôpitaux, routes et industries, dans une logique de développement « durable, responsable et surtout partagé ».

Un appel direct à la jeunesse

Plus de 70% des Guinéens ont moins de 35 ans, selon le dernier recensement (RGPH-4), un chiffre que le président interprète comme une « promesse » plus qu’un défi.  S’adressant directement à la jeunesse, il l’a invitée à dire « Oui » : « oui au travail, oui à l’excellence, oui à l’ordre et à la discipline », et à renoncer à l’idée que l’avenir se trouverait « au-delà des mers, au péril de leur vie ».

« Ton avenir est ici. Ta place est ici », a-t-il lancé, appelant les jeunes à investir leur intelligence et leur énergie dans la construction d’une Guinée « debout et fière ».

Ordre, discipline et devise nationale

La formule choc du discours – « Rien de grand ne se bâtit dans le désordre » – sert de socle à un appel à la responsabilité collective.  Pour Doumbouya, « l’ordre et la discipline ne sont pas des contraintes : ils sont les fondations de la liberté ».

Il a exhorté responsables publics et simples citoyens à faire sienne la devise nationale : « Travail, Justice, Solidarité ».  Le travail, parce qu’« aucune nation ne s’est jamais développée par la parole seule » ; la justice, parce qu’« il n’y a pas de paix durable sans équité » ; la solidarité, parce qu’« aucun Guinéen ne doit être laissé au bord du chemin ».

Salutations et engagement solennel

Le président a salué l’ensemble des composantes de la nation : forces de défense et de sécurité, femmes, aînés, autorités religieuses et coutumières, travailleurs, paysans, éleveurs, pêcheurs, artisans, commerçants, enseignants et élèves.  Il a également adressé ses salutations au corps diplomatique et aux organisations internationales, ainsi qu’à la diaspora guinéenne, appelée à contribuer au « bâtir avec nous la Guinée de demain ».

En clôture, Mamadi Doumbouya a renouvelé son engagement : « Je continuerai à défendre chaque mètre carré du territoire guinéen… Je ne céderai rien de ce qui appartient au peuple souverain de Guinée. Ni sa terre, ni ses richesses, ni sa dignité. »

Un « Oui » à la 5ᵉ République

Pour la première fois sous la 5ᵉ République, cette commémoration a été présentée comme plus qu’une fête : un « serment » collectif.  Le « Non » de 1958 doit, selon le président, devenir le « Oui » de la jeunesse d’aujourd’hui : « oui à la République Guinée, oui au vivre-ensemble, oui à l’avenir, oui à la grandeur ».

Le message est limpide : 68 ans après le choix de la souveraineté, la Guinée entend assumer pleinement sa trajectoire politique et économique, en misant sur sa jeunesse, ses ressources et un ordre national présenté comme condition de la liberté.

Transcription Billetdujour.com