Il arrive un moment dans la vie où l’on ne se demande plus seulement si ce que l’on dit est juste, mais aussi ce que cette vérité pourrait nous coûter.

Depuis quelques jours, je fais face à des menaces et à différentes formes d’intimidation. Cette situation m’amène à partager une réflexion qui dépasse ma personne : quelle place notre société accorde-t-elle réellement à la liberté de conscience lorsque l’expression de nos convictions devient une source d’inquiétude ?

Je ne prends pas la parole pour accuser sans preuve ni susciter la haine. Je m’exprime parce que certaines expériences nous obligent à réfléchir à la société que nous voulons construire.

Derrière chaque voix, il y a un être humain

On oublie parfois que derrière l’activiste, il y a un homme, avec ses responsabilités, ses projets, ses proches et ses fragilités.

L’engagement citoyen ne supprime pas l’humanité de celui qui s’engage. Le courage ne rend pas invulnérable, et la conviction ne fait pas disparaître la peur.

Avoir des convictions ne signifie pas renoncer à son droit à la sécurité.

Pour ma part, la liberté de conscience, la vérité, la justice, l’équité et la responsabilité citoyenne ne sont pas de simples mots. Ce sont des principes qui donnent un sens à mon engagement.

Je crois qu’on peut rester prudent sans renoncer à sa conscience, prendre sa sécurité au sérieux sans abandonner ses convictions et refuser l’escalade tout en demeurant ferme sur ses principes.

La prudence n’est pas une trahison. Et la peur n’est pas une preuve de faiblesse.

Le désaccord ne doit jamais devenir une intimidation

Nous ne sommes pas obligés de penser de la même manière. Une société vivante se construit à travers les divergences, les débats et la confrontation des idées.

Je peux me tromper. Celui qui me contredit peut également se tromper. C’est pourquoi le dialogue et les arguments sont indispensables.

Lorsqu’une parole dérange, la réponse devrait être l’argumentation. Lorsqu’une dénonciation est contestée, il faut examiner les faits. Et lorsqu’une critique paraît injuste, les voies légales doivent permettre de rechercher une solution.

Je ne prétends pas connaître toutes les explications de la situation que je traverse. Je refuse donc d’attribuer des responsabilités sans éléments suffisants. Mais je considère que toute menace avérée mérite une attention sérieuse.

Les droits fondamentaux doivent être défendus pour tous, y compris pour ceux dont nous ne partageons ni les idées ni les opinions.

La société civile ne doit pas être condamnée au silence

La société civile doit pouvoir être critiquée, interrogée et appelée à rendre compte de ses actes. L’engagement ne dispense ni de la rigueur ni de la responsabilité.

Mais cette exigence doit aller dans les deux sens : les acteurs de la société civile doivent répondre de leurs actes et de leurs paroles, tout en pouvant exercer leurs missions sans intimidation ni pression illégitime.

Une société qui attend de ses citoyens qu’ils dénoncent les injustices, réclament la transparence et participent au développement local doit également leur permettre de s’exprimer sans craindre pour leur sécurité.

Sinon, chacun risque d’apprendre à se taire, non parce qu’il n’a rien à dire, mais parce qu’il redoute les conséquences de ses paroles.

Le silence obtenu par la peur ne doit jamais être confondu avec l’adhésion.

Je ne demande pas un privilège

Face à la situation que je déclare traverser, j’ai entrepris des démarches pour signaler les faits et rechercher un accompagnement approprié.

Je ne demande aucun privilège en raison de mes responsabilités associatives. Je ne prétends pas avoir toujours raison ni être à l’abri de la critique.

Je demande simplement que les mêmes principes qui protègent chaque citoyen soient respectés à mon égard : la dignité, la sécurité, la liberté de conscience et le droit de participer pacifiquement à la vie de la société.

Cette préoccupation dépasse ma seule personne. Demain, d’autres citoyens pourraient se retrouver dans une situation similaire pour avoir exprimé une opinion, défendu une cause ou dénoncé une pratique qu’ils jugent injuste.

Leurs droits devraient-ils être fragilisés simplement parce que leurs paroles dérangent ?

La réponse ne devrait dépendre ni de leur popularité ni de leur proximité avec un pouvoir, un parti ou un groupe d’intérêts.

Rester humain, même dans l’épreuve

Je ne souhaite pas que cette tribune soit interprétée comme un appel à la confrontation. Je ne veux pas davantage faire de ma situation un instrument de haine ou de division.

Je souhaite qu’elle soit comprise comme un appel à la conscience, à la responsabilité et au respect de la dignité humaine.

Je ne suis pas parfait. Je peux commettre des erreurs, écouter la critique et revoir certaines de mes positions. Mais je demeure attaché à mes principes et convaincu que la dignité humaine ne doit jamais dépendre de l’influence, des appartenances ou de la capacité d’une personne à se défendre.

Je ne cherche ni le conflit ni l’héroïsme. Je souhaite simplement pouvoir poursuivre mon engagement dans le respect de mes droits et de ceux des autres.

Oui, je peux avoir peur. Oui, je peux m’inquiéter pour ma sécurité. Cela ne fait pas de moi un homme faible. Cela fait de moi un être humain.

Mais je refuse de considérer l’intimidation comme une réponse légitime à l’exercice pacifique de mes convictions.

Quelle société voulons-nous construire ?

Voulons-nous une société dans laquelle les citoyens apprennent à se taire pour éviter les ennuis, ou une société dans laquelle ils peuvent exprimer leurs convictions dans le respect des lois et des droits d’autrui ?

Voulons-nous défendre les libertés uniquement lorsqu’elles servent nos intérêts, ou sommes-nous capables de les défendre même lorsqu’elles profitent à ceux dont nous contestons les opinions ?

Je suis Mamadou Diouldé SOW, un citoyen engagé dans la société civile guinéenne. Je ne prétends pas être au-dessus de la peur, des erreurs ou des difficultés humaines. Mais je demeure attaché à une conviction : la vérité ne devrait pas être sacrifiée aux intérêts, la justice ne devrait pas varier selon les personnes et la liberté de conscience ne devrait pas être un luxe réservé à quelques-uns.

Je peux accepter la contradiction. Je peux entendre la critique. Je peux reconnaître mes erreurs. Mais je refuse de considérer l’intimidation comme une réponse légitime à mes convictions.

Au-delà de nos divergences, de nos fonctions et de nos appartenances, nous devrions pouvoir nous retrouver autour d’une exigence fondamentale : construire une société dans laquelle nul n’est contraint de choisir entre sa sécurité et sa conscience.

Car une conviction peut être discutée, une position peut être contestée et une erreur peut être corrigée. Mais la dignité humaine ne devrait jamais être négociable.

Mamadou Diouldé SOW

Activiste de la société civile guinéenne