Une journée pour rappeler les souffrances des jeunes filles. Le 11 octobre de chaque année est consacré à la Journée internationale de la jeune fille. À cette occasion, notre équipe d’enquête a recueilli le témoignage d’une victime ayant échappé à la pratique barbare de l’excision et au mariage forcé, dont sont souvent victimes les jeunes filles dans les familles de confession musulmane, notamment au sein des ethnies foula (Peul), malinké ou soussou.

Les grandes vacances scolaires sont souvent considérées comme des moments propices à ces pratiques d’un autre âge.

Une pratique interdite mais persistante

En Guinée, l’excision est interdite depuis une vingtaine d’années. La loi prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans de prison pour les matrones (exciseuses). Pourtant, malgré ces mesures, la pratique reste profondément ancrée dans les communautés. Selon des études, 97 % des femmes guinéennes ont subi cette mutilation.

Dans les familles, l’excision est perçue comme une norme sociale. S’y opposer expose à de lourdes conséquences :
– critiques au sein de la communauté,
– pressions morales sur les parents,
– stigmatisation de la jeune fille,
– menaces des anciens,
– exclusion des cérémonies religieuses et festives.

Mariages forcés : une violence mondiale

Aujourd’hui, plus de 12 millions de jeunes filles dans le monde sont mariées de force avant l’âge de 18 ans. Cette violence prive les victimes de leur enfance et les expose à :
– des viols,
– des maladies sexuellement transmissibles, dont le VIH,
– des grossesses précoces et à risque,
– des avortements,
– la déscolarisation.

Un cas emblématique : la famille BAH
Pour illustrer cette réalité, nous publions le témoignage d’une famille foula. Par souci de sécurité, les protagonistes portent des pseudonymes :
1. Mlle F. BAH (la victime principale),
2. M. BAH (son petit frère),
3. Mme BAH (la mère).

Le début du cauchemar

Née en 2005 à Conakry, F. BAH voit son quotidien bouleversé par le changement de comportement de son père, après la perte de son emploi. Celui-ci trouve du travail auprès d’un grand commerçant, Elhadj A. Diallo. Rapidement, ce dernier jette son dévolu sur la jeune fille.

Le père impose alors à sa fille de se voiler intégralement et lui interdit certaines sorties. Derrière ces contraintes se cache un projet : donner sa fille en mariage à son employeur, qui souhaite en faire sa quatrième épouse.

Le double choc
La mère s’oppose fermement à cette union. Mais F. BAH découvre que son futur époux exige, en plus, qu’elle soit excisée avant la cérémonie. Traumatisée, elle voit ses résultats scolaires chuter et sa santé mentale se dégrader.

La fuite organisée

Son petit frère, aidé d’un oncle, met au point un plan pour la sauver. Après avoir subtilisé de l’argent au père, ils fuient vers le Sénégal. Faute de moyens, le frère décide de laisser sa sœur poursuivre seule le périlleux voyage vers la France.

Après deux mois d’épreuves à travers plusieurs pays, F. BAH rejoint enfin sa tante en 2022.

Les représailles
Rentré à Conakry, le petit frère subit la vengeance d’Elhadj A. Diallo. Informé de son retour, le commerçant envoie ses hommes l’agresser. Le jeune garçon est grièvement blessé : un œil atteint, un bras cassé, une cheville entorsée, des lèvres fendues.

La mère, toujours opposée au mariage et à l’excision, lutte pour protéger son fils. Le père, lui, reste campé sur sa position : honorer son engagement envers Elhadj pour « laver la dignité » de sa famille.

Notre équipe a tenté de rencontrer le père. Celui-ci a refusé de nous recevoir, mais n’a pas nié les propos de sa fille. Depuis l’arrivée de F. BAH en France, aucun contact n’a été établi entre lui, son épouse et ses enfants.

Ce témoignage accablant illustre la persistance des mutilations génitales féminines et des mariages forcés en Guinée, malgré les lois et les campagnes de sensibilisation. Il révèle aussi le courage d’une mère et d’un frère face à une société qui continue de sacrifier l’avenir de ses filles au nom de traditions ancestrales.mère et d’un frère face à une société qui continue de sacrifier l’avenir de ses filles au nom de traditions ancestrales.

Amirou Diallo