Le président de la République, Mamadi Doumbouya, a signé ce vendredi 21 août un décret provoquant une onde de choc dans les couloirs du pouvoir. Deux ministres et un conseiller présidentiel ont été limogés sans que le texte officiel n’en précise les motifs. Les concernés sont Mory Condé, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection Sociale ; Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie Numérique et de l’Innovation ; et Mahamadou Abdoulaye Diallo, ancien ministre et conseiller à la Présidence chargé de la Culture, du Tourisme et de l’Hôtellerie.

L’annonce, sobrement publiée au Journal officiel, fait renaître une inquiétude déjà perceptible au sommet de l’État : la gestion du patrimoine public, infrastructures, marchés publics, biens immobiliers et fonds, semble de plus en plus une zone à haut risque pour les responsables. Sans précision sur les raisons des révocations, agents publics.

Depuis plusieurs mois, des hauts responsables ont été approchés par des commissions d’enquête, auditionnés ou remplacés sans explication publique. Pour beaucoup dans l’administration, cette série de décisions traduit une double réalité : d’un côté, une volonté affichée de lutter contre la mauvaise gestion et la corruption ; de l’autre, une montée d’une anxiété palpable parmi les cadres, inquiets d’être tenus responsables d’actes commis collectivement ou d’irrégularités héritées.

« On sent une véritable crispation », confie sous couvert d’anonymat un directeur général au sein d’un ministère. « Chacun vérifie ses décisions passées, parfois à la loupe. On craint que des dossiers vieux de plusieurs années ne refassent surface. »

Les scandales patrimoniaux, rappelés par les médias et les réseaux sociaux, alimentent cette nervosité. Quand la presse relate saisies d’immeubles, marchés publics contestés ou détournements présumés, la frontière entre scrupule légitime et chasse aux sorcières devient floue pour ceux qui administrent les biens de l’État.

Les experts avertissent que la peur a un coût. Une administration paralysée par la crainte de poursuites peut retarder la prise de décisions, bloquer les investissements et freiner les réformes nécessaires. « Si les ministres et DG passent plus de temps à se protéger que gérer, c’est le service public qui en pâtit », explique un chercheur en gouvernance publique. Les marchés publics peuvent être gelés, les projets d’infrastructures retardés, et les équipes techniques démotivées.

À l’inverse, ignorer les manquements réels n’est pas une option. Il est essentiel que toute enquête soit menée avec transparence, respect du principe du contradictoire et délais raisonnables, pour éviter l’opprobre injuste et préserver l’efficacité de l’État.

Pour sortir de cette spirale d’angoisse et restaurer la confiance, des propositions émergent sur la scène publique : renforcer les mécanismes indépendants d’audit et de contrôle, publier des synthèses publiques sur l’état des enquêtes (sans compromettre les investigations), et offrir des garanties procédurales aux hauts cadres durant les audits. L’objectif : conjuguer responsabilité et sécurité juridique.

« Des règles claires protégeraient à la fois l’intérêt général et les personnes honnêtes », indique un magistrat proche des dossiers de lutte contre la corruption. « La transparence à bon escient est la meilleure antidote à la rumeur et à la paralysie administrative. »

En attendant des éclaircissements sur les limogeages de ce 21 août, la question reste ouverte : l’État parviendra-t-il à réconcilier exigence de reddition des comptes et sérénité d’action de ses dirigeants ? Pour de nombreux observateurs, la réponse déterminera la qualité de la gouvernance et la confiance des citoyens dans les mois à venir.

K’pône pour Billetdujour.com