Premier exportateur mondial de bauxite et désormais producteur de minerai de fer grâce à Simandou, le pays dispose aussi d’un potentiel aurifère encore peu développé à l’échelle industrielle. Alors que les investisseurs s’y intéressent davantage, Conakry cherche à définir les règles du jeu avant que cette industrie ne change d’échelle.

La création récente de la société Landaya Gold aurait pu n’être qu’une nouvelle annonce dans une Afrique de l’Ouest où les compagnies aurifères multiplient les investissements. Elle raconte pourtant autre chose. En prenant la moitié du capital de cette coentreprise avec Resolute Mining, l’État guinéen ne veut plus seulement voir de nouveaux gisements découverts sur son territoire : il cherche à redéfinir sa place au sein de son industrie aurifère.

Landaya Gold, la concrétisation d’un rapprochement annoncé au printemps

Dès la fin mars, la compagnie australienne Resolute Mining et le groupe minier public guinéen Nimba Mining Company avaient signé un protocole d’accord prévoyant l’évaluation conjointe de projets aurifères et leur éventuel développement au sein d’une société commune. Le texte était alors non contraignant et ne précisait pas la répartition du capital de la future structure. Les partenaires s’étaient donné 90 jours pour conduire une première analyse des zones identifiées.

Cinq mois plus tard, le 13 août, les deux partenaires ont annoncé la signature des statuts de Landaya Gold, leur nouvelle entreprise commune basée à Conakry. Chacun en détiendra 50 %. La constitution juridique de l’entité doit encore être finalisée auprès des autorités compétentes. Selon le communiqué publié, Landaya aura pour mission d’évaluer et d’explorer des zones aurifères identifiées en Guinée, puis éventuellement de développer les projets jugés suffisamment prometteurs.

« Avec Landaya Gold, nous passons de l’intention à l’action. Après la signature de notre protocole d’accord, nous dotons notre partenariat d’un véhicule juridique commun, capable de porter des projets aurifères structurants pour la Guinée », a commenté Patrice L’Huillier, directeur général de NMC. Il a ajouté que l’une des missions attendues de l’entité serait de contribuer à « renforcer le contenu local, à former des talents et à créer de la valeur durable pour l’État et les communautés ».

De l’exploration au raffinage, la Guinée veut peser davantage dans l’or

Resolute n’arrive pas en terrain vierge en Guinée. Le groupe y détient déjà plusieurs actifs d’exploration et a annoncé sur le prospect de Mansala une estimation de ressources minérales inférées de 357 000 onces d’or. Présent aussi au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, il voit désormais la Guinée comme un possible nouveau relais de croissance en Afrique de l’Ouest. Lors de la signature du protocole de mars, son directeur général Chris Eger avait évoqué la possibilité d’y faire émerger, à terme, une nouvelle mine.

Le pari de la compagnie australienne sur la Guinée rejoint celui d’autres acteurs du secteur aurifère. Ces deux dernières années, plusieurs groupes et investisseurs se sont positionnés sur l’or guinéen. Fortuna Mining s’est par exemple associée à DeSoto Resources dans l’exploration, tandis que le projet Bankan de Predictive Discovery a attiré Perseus Mining, Zijin Mining et des capitaux liés à la famille Lundin.

Si cette dynamique ne fait pas encore du pays un poids lourd aurifère comparable au Ghana, au Mali ou encore à la Côte d’Ivoire, elle coïncide avec une volonté de plus en plus affirmée de l’État de s’impliquer davantage dans le secteur.

En juin, Conakry avait déjà franchi une autre étape sur l’aval de la chaîne de valeur aurifère, en annonçant que l’or guinéen ne devrait plus être exporté à l’état brut. Le président Mamadi Doumbouya veut qu’il soit fondu, certifié et transformé dans le pays avant sa vente à l’étranger.

L’objectif affiché est de conserver localement une part plus importante de la valeur créée après l’extraction. La Guinée cherche à appliquer à l’or une logique déjà engagée, selon des modalités différentes, dans d’autres segments de son industrie minière, comme la bauxite et le minerai de fer.

Ce que la suite devra confirmer

Pour l’heure, le rapprochement avec Resolute doit encore passer plusieurs étapes. Landaya devra d’abord démontrer que les zones ciblées peuvent déboucher sur des gisements suffisamment importants pour justifier le développement de nouvelles mines. Entre les premières campagnes de terrain et une éventuelle mise en production, plusieurs années peuvent s’écouler, au rythme des forages, des études économiques, des autorisations et des financements.

Le raffinage soulève lui aussi plusieurs questions. L’annonce de juin fixe une direction, mais sa portée dépendra de la capacité des installations locales à traiter les volumes produits dans des conditions compatibles avec les exigences du marché international. La place de l’or artisanal ajoute une difficulté supplémentaire, tant en matière de traçabilité que d’organisation des circuits de commercialisation.

L’équilibre avec les investisseurs constituera un autre point d’attention. Le pays bénéficie aujourd’hui d’un intérêt croissant pour son potentiel aurifère, mais le secteur reste sensible à la stabilité des règles et à la visibilité offerte aux opérateurs sur la durée.

Via Latribune.fr